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Dans les années 1950 et 1960, l’artiste Maurice Picaud, dit Pico, figure reconnue de l’Art déco a réalisé une vingtaine de fresques dans les écoles d’Évreux. Aujourd’hui presque toutes disparues, ces œuvres redécouvertes grâce aux Archives révèlent un pan méconnu de l’histoire de la Reconstruction. Alors que seules deux fresques subsistent, la Ville lance un appel à témoins pour retrouver d’éventuels décors encore visibles ou conservés dans des archives familiales.
Dans les années 1950 et 1960, un artiste que rien ne semblait prédestiner à Évreux a pourtant laissé son empreinte dans une dizaine d’écoles reconstruites de la ville. Maurice Picaud (1900–1977), plus connu sous son nom d’artiste Pico, figure reconnue de l’Art déco, auteur de la façade mythique des Folies Bergère et décorateur du Ritz, a réalisé ici une vingtaine de fresques murales aujourd’hui presque toutes disparues. Comment cet artiste parisien, formé à l’École Boulle et collaborateur de Jacques-Émile Ruhlmann, s’est-il retrouvé à travailler dans la Cité Jolie ? Le mystère demeure entier.
Aucune archive ne permet à ce jour d’expliquer précisément comment Pico est arrivé à Évreux. Les pistes sont nombreuses mais non confirmées : une possible commande liée à la Reconstruction, un lien avec l’architecte municipal Bernard Ducellier, une relation avec le sculpteur Paul Belmondo, actif au même moment au lycée Modeste-Leroy, ou tout simplement une sollicitation venue du réseau artistique et décoratif parisien. Rien, dans les documents consultés, ne permet encore d’étayer ces hypothèses.
Ce que l’on sait, en revanche, est que Pico signait ses fresques de son pseudonyme et qu’il a été chargé de décorer plusieurs établissements scolaires de la ville : écoles maternelles, réfectoires, dortoirs, couloirs. Ses œuvres, très reconnaissables, présentaient des paysages normands, des scènes rurales, des silhouettes de paysans, ou encore des symboles de la ville. De grandes compositions figuratives, colorées, pensées pour accompagner le quotidien des enfants dans une ville en pleine reconstruction.
Malgré l’ampleur du travail réalisé, la plupart des fresques ont été recouvertes lors de rénovations successives. « Lors de travaux, la valeur patrimoniale de ces décors n’était pas connue. Beaucoup de fresques étaient jugées vieillissantes ou abîmées, et simplement repeintes », explique Jessy Jouan, docteur en histoire de l’art et chargé d’études et d’inventaire du patrimoine aux Archives d’Évreux. Certains témoignages recueillis évoquent même des fresques attribuées, à tort, à des agents municipaux.
De la vingtaine d’œuvres identifiées dans les années 1950 et 1960, seules deux sont aujourd’hui visibles : l’une à la piscine de la salle omnisports, l’autre redécouverte récemment dans un immeuble de la rue Franklin-Roosevelt. Les autres reposent désormais dans les archives sous forme de photographies d’époque, de factures et de documents administratifs.
La redécouverte de Pico à Évreux commence presque par hasard. En étudiant la fresque de l’ancienne piscine de la salle omnisports, Jessy Jouan et Valérie Pannetier, cheffe de projet Ville d’Art et d’Histoire, repèrent une signature. Des recherches plus poussées révèlent alors un ensemble d’œuvres oubliées, jamais répertoriées dans les inventaires de la Ville.
Ce travail s’inscrit dans une démarche plus large de valorisation du patrimoine du XXᵉ siècle, encore largement méconnu. Les fresques de Pico en sont un témoignage fragile et précieux.
Retrouver les fresques de Pico, c’est aussi redonner leur place aux artistes qui ont accompagné la Reconstruction et inscrit leur vision dans le patrimoine quotidien des Ébroïciens.
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