Le 8 juin 2008
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Député,
Mesdames et Messieurs les élus,
Messieurs les Anciens Combattants,
Mesdames, Messieurs,
Il y a 54 ans, les armes se taisaient en Indochine. Un conflit douloureux de 8 ans se terminait.
La fin de la seconde guerre mondiale avait certes permis de faire éclore l’idée que les peuples du monde devaient pouvoir disposer d’eux-mêmes. Mais les enjeux politiques étaient complexes et les intentions des deux grandes puissances – Etats-Unis et URSS – moins pures qu’en apparence. Dans une Europe terriblement meurtrie et affaiblie, la fin des empires coloniaux, décidée par d’autres, n’a donc pas réussi à s’imposer comme une évidence.
La France n’a pas su comprendre les grandes aspirations de liberté des peuples qu’elle avait colonisés. Elle n’a pas su entendre leur voix, écouter leurs revendications et, aux aspirations légitimes de ces peuples, elle a choisi de répondre par les armes.
Elle a alors envoyé en Indochine beaucoup de jeunes soldats issus des combats de la libération de la France. De 1945 à 1956, près de 100 000 d’entre eux sont tombés en Indochine : plus de 76 000 ont été blessés et 40 000 ont été faits prisonniers. Parmi eux, 30 000 ne sont jamais revenus soit plus des trois quarts des prisonniers qu'avait faits le Vietminh. Ce sont donc des dizaines de milliers de soldats français qui ont laissé leur vie au cours d’assauts et d’embuscades terribles, dont Dien Bien Phû reste le funèbre symbole.
Ces soldats sont morts pour une conception du monde qui aujourd’hui a changé et n’est plus la nôtre. Mais nous ne sommes pas là pour refaire l’Histoire de notre pays.
Nous sommes là parce que nous avons un devoir de mémoire, celui de ne jamais oublier que ces soldats ont courageusement combattu pour la France et que nous leur devons donc le respect. Nous reconnaissons leur sacrifice et nous saluons leur valeur. Nous devons le dire avec d’autant plus de force qu’on rend peu souvent hommage à leur bravoure, comme si les oublier pouvait effacer l’Histoire.
Alors, non ! Ici à Evreux, nous n’oublions ni les parachutistes, ni les légionnaires, ni les tirailleurs, ni les gendarmes, ni les marins, ni les aviateurs, ni les médecins, ni les infirmières d’où qu’ils viennent : de France, d'Europe, d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire.
Cette journée de recueillement est l’occasion pour chacun d’entre nous, réunis autour des Anciens Combattants et des familles de ces soldats, de nous souvenir tout particulièrement de tous les combattants ébroïciens qui sont morts pendant cette guerre, sur le champ de bataille ou dans un camp de prisonniers.
Voici quelques noms parmi tant d’autres : Fernand Laurent, Sergent du 13ème Bataillon du Génie, décédé à Saigon le 16 décembre 1945, Norbert Bergerot, Matelot, décédé le 17 mai 1951 à Nhatrang, André Muller, Caporal, décédé à l’hôpital Militaire de Mayence le 21 janvier 1952, Pierre Lesergent, Sergent du 8ème Bataillon Montagnard, décédé le 17 janvier 1953 dans la région du Tonkin, Claude Maillard, soldat du 6ème Régiment d’Infanterie Coloniale, décédé en 1953, Jacques Lecomte, Maître-Ouvrier de la Compagnie du Génie 31/21, prisonnier le 8 mai 1954 à Dien Bien Phu, décédé en captivité en juin 1954, Jean Mangin, Sergent, décédé à l’hôpital militaire de Percy le 13 avril 1957. Ils sont tous morts pour la France.
Enfin, nous pensons aussi aux survivants, aux mutilés, aux déportés des camps. Au-delà des vicissitudes des combats, des aléas de la guerre et de la politique, tous ces malheureux soldats se sont illustrés face à un adversaire dont nous reconnaissons aussi la bravoure.
Alors, soyons fiers de tous nos soldats et rendons hommage au courage des combattants d’Indochine ! Tirons leçon de leur sacrifice : pour une France terre de liberté, terre de générosité, pour la construction de la Paix.
Le vendredi 08 janvier à 14:05:37