60ème anniversaire de la déclaration des droits de l’homme

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Le 10 décembre 2008

Parmi les dates les plus importantes de l’Histoire de notre République, de l’Europe et même du monde, il y en a une qui compte particulièrement. Une date qui est l’un des fondements de notre identité, une date marquante dans la construction de la pensée collective et humaniste : le 10 décembre 1948.

Il y a aujourd’hui 60 ans, le 10 décembre 1948, l’Assemblée générale des Nations Unies, réunie à Paris, adoptait la Déclaration universelle des droits de l’homme, très largement inspirée de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen française de 1789. En effet, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le 26 août 1789, un texte juridique affirmait une ambition et une portée universelles et proclamait l’égalité en droit de tous les hommes.

Héritée directement de la philosophie des lumières, cette déclaration qui sert de préambule à notre Constitution, rappelle l’ensemble des droits mais aussi des devoirs naturels, sacrés et inaliénable que l’Homme doit revendiquer et défendre.

Pour nous, citoyens français, le concept des Droits de l’Homme, universaliste et égalitaire est au cœur de nos institutions, il est l’âme de notre République et de notre Histoire.

En plaçant au dessus des cultes et des idéologies politiques, le principe d’Egalité de tous les hommes devant la loi, la France a souhaité construire une société respectueuse de l’Homme, qui accorde et défend les libertés nécessaires au bonheur de celui-ci.

La Déclaration de 1948, est à l’initiative de René Cassin, juriste, diplomate, homme politique français, membre du gouvernement de la France Libre pendant la seconde Guerre mondiale. René Samuel CASSIN est à jamais lié à la Déclaration Universelle des droits de l’Homme, nous ne pouvons célébrer cet anniversaire sans rendre, en préambule, un hommage à celui qui fut président de la cour européenne des droits de l’Homme et qui reçu le prix Nobel de la paix en 1968.

Cette déclaration, rappelons-le, intervient au lendemain de la seconde guerre mondiale et des atrocités qu’elle a engendrées. A l’époque, elle a réveillé l’espoir pour bon nombre de peuples et de défenseurs des droits de l’homme. Elle fut alors le point de départ d’autres textes internationaux et régionaux proclamant les droits de l’homme. On peut citer entre autres :

  • Les pactes internationaux sur les droits civils et politiques, économiques, sociaux et culturels ;
  • Les conventions internationales contre la torture, pour l’élimination des discriminations raciales et à l’égard des femmes ;
  • Les droits de l’enfant et le statut des réfugiés ;
  • La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
  • La Convention interaméricaine des droits de l’homme ;
  • La Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples.

Nous savons tous les progrès qu’il reste à faire dans l’application concrète des droits de l’homme dans de nombreux de pays. Car si les droits, les textes les proclament, et les organismes chargés de leur défense se sont multipliés, leur application n’en est pas pour autant effective partout et pour tous, comme le pensaient les rédacteurs de la Charte des Nations unies.

L’espoir provoqué par la Déclaration de 1948, et le dégoût des horreurs des camps d’extermination nazis n’ont pas empêché le déroulement de conflits meurtriers aboutissant à des violations massives des droits de l’homme : Rwanda, Balkans, Proche Orient, Éthiopie, Somalie, Togo, Chine, Darfour...

Rappelons également les manquements quotidiens : disparitions forcées, supplices et atrocités, traitements barbares, inhumains et méprisables, esclavage, exploitation des femmes et des enfants, réfugiés, détentions arbitraires, conditions de détention indignes, sans oublier la pauvreté confronté à l’insolente richesse de quelques uns, au mépris et à l’injustice.

Il y a 10 ans, le 10 décembre 1998, nous fêtions le cinquantenaire de la déclaration universelle des droits de l’homme. Nous venions de vivre une décennie marquée par quelques belles victoires dans le champ des droits de l’homme, symbolisées par la chute du mur de Berlin (1989).

Aujourd’hui, 10 ans après ce cinquantenaire flamboyant, 19 ans après la chute du mur de Berlin, le bilan n’est pas glorieux. Le 11 septembre 2001 marque une rupture. Depuis cette date symbolique, les droits de l’homme n’ont pas progressé, ils ont même régressé dans de nombreux pays, à commencer par les Etats-Unis. Nous ne pouvons, en effet, aujourd’hui, évoquer l’anniversaire des droits de l’homme sans penser à Guantanamo, zone de non-droit absolu. Nous ne pouvons évoquer les droits de l’homme sans parler du Tibet, de la Birmanie, et des nombreux pays où l’égalité entre les hommes, quels qu’ils soient, n’est pas une réalité, mais bien une utopie.

Comment ne pas s’insurger quand dans notre propre pays, on parle de ficher les enfants dès leur plus jeune âge ? Quand la politique des quotas est la seule ligne directrice de notre politique d’immigration ? Quand la discrimination sous toutes ses formes est le lot quotidien de chacun : discrimination dans le monde du travail, discrimination entre les hommes et les femmes, discrimination entre les races, etc. Qu’advient-il aujourd’hui de nos libertés publiques ? Regardons ce qu’il se passe dans nos prisons surpeuplées, qui ont engendré des condamnations de la France par la Cour européenne des droits de l’homme.

La France est la patrie des droits de l’homme, du moins, c’est ce que nous nous plaisons à rappeler. Si la France est bien le pays de la Déclaration des droits de l’homme, la réalité est-elle bien conforme à cette déclaration ?

Martin Luther King, dont nous honorons aujourd’hui la mémoire, a fait le rêve que tous les hommes ont été créés égaux et qu’ils vivent enfin cette réalité au quotidien. Je fais moi aussi ce rêve de liberté, d’égalité des pays, des nations, des peuples, des hommes, des femmes et des enfants.

Nous avons le devoir, en ces temps où la notion même d’universalité des droits est contestée, bousculée, par un communautarisme drapé de « diversité », de défendre et de promouvoir les valeurs portées par cette déclaration.

La lutte contre le terrorisme, la montée du fondamentalisme et des intégrismes religieux se traduisent souvent par un repli identitaire et communautaire et provoquent des réactions sécuritaires disproportionnées, autant de facteurs menaçants pour les droits de l’homme et les libertés fondamentales. Nous devons, en conséquence tous répondre présent et défendre les droits de l’Homme partout !

Les principes d’égalité, d’universalité des droits et de laïcité auxquels nous sommes les uns et les autres attachés sont parfois menacés ! Nous devons les défendre !

Aujourd’hui, nous ne célébrons pas uniquement la déclaration universelle des droits de l’homme, mais nous honorons aussi la mémoire de ceux qui ce sont battus parfois au péril de leur vie pour la défendre. En ces temps américains, où la victoire d’Obama à la présidence des Etats-Unis enthousiasme légitimement tous les pays, nous avons choisi d’honorer plus particulièrement la mémoire d’un grand homme qui a consacré sa vie à la lutte pour les droits de l’homme et l’égalité des droits civiques, j’ai nommé : Martin Luther King.

Martin Luther King, pasteur baptiste, militant non violent pour les droits civiques des noirs aux Etats-Unis, pour la paix et contre la pauvreté, prix Nobel de la paix en 1964, a donné sa vie pour la lutte contre les discriminations raciales.

Dans une période troublée de l’histoire des Etats-Unis, où les meurtres racistes sont quotidiens, Martin Luther King entre en résistance en 1955 lorsqu’il décide de soutenir ROSA PARKS, une femme noire, arrêtée pour avoir violé les lois ségrégationnistes de sa ville, Montgomery en Alabama, en refusant de céder sa place assise, dan un bus, à un homme blanc.

Par la suite Martin Luther King ne cessera de défendre le principe d’égalité de tous les hommes devant la loi. Partout où il prendra la parole, Martin Luther King ne cessera d’imaginer un monde où de  « jeunes enfants vivent dans une nation où ils ne sont pas jugés par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur personne ». Il faudra attendre 1965, pour que le principe d’égalité de tous les citoyens devant la loi soit reconnu par le Congrès américain. Martin Luther King sera assassiné en 1968 à Memphis, non sans avoir laissé une empreinte considérable dans la mémoire collective pour la lutte en faveur des droits de l’Homme.

Regardons le combat de Martin Luther King, comprenons sa portée et sa force. Assumons et défendons notre héritage et notre identité Républicaine, celui de la France, nation de la diversité et de l’égalité.

Saluons le courage des centaines de milliers de défenseurs dans le monde qui, avec détermination et abnégation, mettent en danger leur vie pour la promotion et la protection de tous les droits de l’Homme et de toutes les libertés fondamentales.

Nous sommes tous les enfants des droits de l’Homme !

Je vous remercie.