A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Samedi 7 mars 2009
Mesdames, Messieurs,
Je suis heureux et fier d’être ici aujourd’hui pour inaugurer cette nouvelle rue au nom d’Olympe de Gouges. Ce nom, longtemps méconnu par nombre d’entre nous, évoque aujourd’hui les évènements à la fois les plus tragiques et les plus nobles de notre histoire.
Marie Gouze, dite Marie-Olympe de Gouges, née à Montauban le 7 mai 1748 et morte guillotinée à Paris le 3 novembre 1793, est une femme de lettres française, devenue femme politique et polémiste.
Si nous avons choisi d’inaugurer la rue Olympe de Gouges aujourd’hui, samedi 7 mars, c’est qu’il nous a semblé que nous ne pouvions lui rendre un plus bel hommage qu’en ouvrant la semaine des droits de la Femme à Evreux en la célébrant.
A la veille du 31ème anniversaire de la Journée des droits de la Femme, reconnue officiellement par l’Assemblée générale des Nations unies en décembre 1977, droits pour lesquels Olympe s’est farouchement battue au prix de sa vie, quels messages tirer de son action et de son œuvre ?
Auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l’esclavage des Noirs. Pionnière dans ce domaine, dramaturge et pamphlétaire novatrice, défenseur de l’abolition de la peine de mort, guillotinée pour avoir dénoncé les dérives de la Révolution, elle fut l’une des premières à réclamer l’égalité des droits pour tous les discriminés et les exploités. En faveur d’une réforme de l’impôt et de la Constitution, elle souhaitait que tous aient accès au divorce et à l’éducation.
Olympe de Gouges fait partie de ces figures emblématiques que l’histoire a longtemps et trop souvent oubliées. Elle nous apparaît aujourd’hui comme un esprit très en avance sur son temps. « Agir en vivant et vivre en agissant » : voici en quelques mots la ligne de conduite de vie que s’était fixée cette personnalité hors du commun. Elle ne se contente pas d’un simple constat, elle agit, avec indépendance et force de caractère. Théorie et pratique sont donc unies dans l’itinéraire sans faille de cette femme de principes.
En 1791, elle proclame l’égalité de l’homme et de la femme, entre lesquels elle propose d’établir de nouveaux rapports : « La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits… » (article 1er).
Visionnaire, elle préconise la féminisation des noms de métier et imagine de nombreuses réformes sociales qui ne verront le jour, pour la plupart, que deux siècle plus tard : concept d’assistance sociale pour la protection des veuves, des orphelins et des personnes âgées, création d’établissements permettant aux femmes d’être soignées et d’accoucher dans la dignité et l’hygiène, création d’ateliers nationaux pour les ouvriers sans travail, abrogation de l’esclavage, etc.
Elle est devenue une figure emblématique des mouvements pour la libération de la femme. Cependant, elle n’a rien d’une suffragette. Dans sa Déclaration des Droits de la Femme, elle reprend point par point les articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et les féminise. Elle démontre que la différence sexuelle ne saurait être un postulat ni en politique ni dans l’exercice de la citoyenneté.
De son vivant, Olympe de Gouges a été victime de la misogynie ordinaire, et fut discréditée par l’incompréhension et le suivisme idéologique de l’époque.
D’ailleurs, dans la Déclaration des droits de la Femme, elle formule avec beaucoup de lucidité le nouveau statut de la femme dans les termes suivants : « les femmes de l’Ancien régime étaient autrefois respectées et méprisables, et, depuis la Révolution, elles sont devenues respectables et méprisées ».
Bien que ce texte ne reconnaisse pas le droit de votes des femmes, Olympe de Gouges déclare que si « (…) la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune (…) ». Il faudra attendre deux siècles pour que le droit des femmes à la participation aux processus décisionnels et aux instances légales, à tous les niveaux et dans tous les secteurs, soit officialisé. Quelques grandes dates pour exemple :
- 21 avril 1944 : Droit de vote des femmes en France
- 1948 : Déclaration universelle des droits de l’homme
- 1952 : Convention sur les droits politiques de la femme
- 1966 : Pacte international relatif aux droits civils et politiques
- 1975 : proclamée « année de la femme » par l’ONU et première conférence pour les femmes à Mexico
- 1979 : Convention sur toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes
- 1985 : conférence de Nairobi (3ème conférence pour les femmes) : naissance du féminisme mondial
- 1995 : conférence de Pékin (4ème conférence pour les femmes) : apparition d’un discours officiel sur les droits de la femme.
Avec le temps, la Journée internationale de la Femme est devenue l’occasion pour nous d’évaluer le progrès réalisé dans le cadre de la concrétisation de l’égalité entre les hommes et les femmes, et de l’édification de la paix.
La commémoration de la Journée de la Femme, le 8 mars, offre aux nations, l’opportunité de se mobiliser pour renforcer les droits des femmes et leur participation au développement social, économique et politique.
Si de nombreux pays ont adopté des mesures pour protéger la sécurité individuelle des femmes ainsi que leur droit familiaux et sociaux, quel bilan peut-on dresser en ce début d’année 2009 ?
Quelques chiffres : dans le monde, aujourd’hui, les femmes restent sous-représentées dans les systèmes législatifs (1 femme pour 4 hommes), plus de 60% des travailleurs non rémunérés des ménages sont des femmes, les femmes continuent à percevoir un revenu en moyenne 17% plus bas que celui des hommes, les deux tiers des 300 000 000 d’enfants qui n’ont pas accès à l’éducation sont des filles, et environ un tiers des femmes souffre de violences fondées sur le genre. Dans certaines parties du monde, 1 femme sur 10 meurt de causes liées à la grossesse (= une femme par heure).
Sans parler des violences quotidiennes dont elles sont l’objet : aux Etats-Unis, 1 femme est battue toutes les 15 secondes par son partenaire. En France 1 femme en meurt tous les quatre jours, près d’une centaine par an. On évalue à 4 000 000 par an, dans le monde entier, le nombre de femmes et de fillettes achetées et vendues à un mari, un proxénète ou un marchand d’esclaves. La liste de ces crimes commis contre les femmes est longue.
Malgré de généreuses garanties formelles d’égalité, le progrès pour un grand nombre de femmes, et en particulier les plus pauvres et les plus marginalisées, est beaucoup trop lent.
Pourquoi avec tant de démarches, d’énergie déployée pour revendiquer le droit à la vie, et de réformes de par le monde, les effets restent-ils si peu probants ?
La réponse est simple : quelle que soit la quantité de lois adoptées, l’évolution des droits des femmes est entièrement dépendante du comportement privé et surtout de celui des hommes, en fonction du niveau qu’atteint la culture patriarcale de leur pays. C’est un travail de rééducation au niveau des individus qui permettra peut-être d’arriver un jour à une véritable égalité homme-femme.
Quelle marraine plus symbolique qu’Olympe de Gouges, cette belle figure humaniste de la fin du XVIIIème siècle, pouvions-nous choisir pour marquer le début de la Semaine des droits de la Femme à Evreux ?
Il a fallu attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour qu’elle sorte de la caricature et de l’anecdote dans lesquelles l’histoire l’avait laissée.
Il est juste aujourd’hui de rendre hommage au courage d’Olympe de Gouges qui sut défendre les causes humaines avec tant de chaleur, et à travers elle à toutes les Ébroïciennes, toutes les Françaises, toutes les femmes du monde.
Pour information :
Depuis octobre 1989, à l’initiative de l’historienne Catherine Marand-Fouquet, plusieurs pétitions ont été adressées à la présidence de la République demandant la panthéonisation d’Olympe de Gouges. Jacques Chirac, conseillé par Alain Decaux, n’a pas donné suite. En novembre 1993, Catherine Marand-Fouquet engage une manifestation devant le Panthéon de Paris pour commémorer le bicentenaire de l’exécution d’Olympe. Cette manifestation s’inscrit aussi dans la revendication de la parité. Plusieurs municipalités françaises ont voulu rendre hommage à Olympe de Gouges en baptisant de son nom des établissements scolaires ou des voies publiques.
Le mardi 05 janvier à 16:43:47