Printemps de la Démocratie

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Samedi 21 mars 2009

Discours de clôture de Michel CHAMPREDON:

Tout d’abord, je tiens à remercier l’ensemble des personnes qui ont participé à la première édition du Printemps de la Démocratie. J’ai souhaité convier l’ensemble des acteurs de la Démocratie locale à cette demi-journée de participation et de formation. Je remercie donc les habitants d’Evreux, conseillers de quartier ou non, les élus, les professionnels de la ville et de l’agglomération et tous ceux qui se sont inscrits ce matin dans cette démarche citoyenne ou qui ont postulé pour les conseils de quartier. Egalement les professionnels de l’Association pour la Démocratie et l’Education Locale et Sociale qui ont été présents pour animer la manifestation, synthétiser vos réflexions, apporter des contenus théoriques, des expériences portées par d’autres villes.

Comme cela a été évoqué tout au long de la matinée, échanges d’informations fluides, élaboration mutualisée des projets sont aujourd’hui indispensables.

La démocratie c'est une marque d'identité pour l'équipe municipale. Notre volonté politique repose sur la mise en œuvre d'un projet global qui recherche le maintien de la cohésion sociale, le développement des relations et des échanges entre les populations, la lutte contre l'exclusion et les inégalités sociales et culturelles, l'apprentissage de la citoyenneté et l'implication des habitants dans le développement durable de la cité.

La volonté municipale de développer les formes de participation s’appuie sur un contraste : il est une demande de participation d’une partie de la population quand l’action publique, par sa complexité et sa lenteur rend difficile une participation effective. De ce fait, la tendance individuelle est plutôt à la non-participation à la vie sociale et politique. Pour s’opposer à cette tendance EVREUX fait le choix de favoriser le développement de toutes les formes de participation sur son territoire, de résorber cette difficulté par la participation à laquelle aspire une partie de la population ébroïcienne. En témoigne la présence dans les différentes instances mises en place.

La démocratie qui est inscrite aujourd’hui à l’ordre du jour est une démarche sincère. Evreux n’est pas contrainte par la loi et c’est un choix politique de l’équipe élue en mars 2008. Dans une société où le niveau de formation est plus élevé par rapport aux générations précédentes, où le niveau d'information aussi (média, internet…), le besoin de participer, d'être écouté, d’être informé est un besoin légitime de la population ébroïcienne. Les décisions ne peuvent pas s’imposer aux gens. Les citoyens veulent comprendre comment une décision est prise, par quel cheminement et la méthode c’est d’être en contact fréquent et permanent avec la population afin d’assurer que l’action publique répond aux attentes des concitoyens, et des acteurs sociaux, économiques, culturels, sportifs, de la santé, des transports, de l’enfance…C’est la raison d’être de la mise en place d’outils démocratiques que sont les conseils de quartiers, les cafés débats, les réunions d’appartements, des commissions extra municipales et pourquoi pas des référendums municipaux et aussi de ce Printemps de la Démocratie.

Il existe une volonté d’être plus acteur que spectateur et les objectifs évoqués ce matin sont d’importance : favoriser le lien social, améliorer les services publiques et réhabiliter l’action publique et politique, voilà le sens de la démocratie locale.

La démocratie participative représente le changement politique par lequel les citoyens deviennent des acteurs des processus de prise de décisions, notamment au travers de leur savoir d’usage. Les habitants, les usagers, les personnes en situation de handicaps, les jeunes, nos anciens, les étrangers, les personnes à faible niveau de ressources…sont souvent les mieux placés pour savoir ce dont ils ont besoin et sont autant de catégories de populations qu’on peut chercher à associer pour la résolution des problèmes spécifiques qui se posent à elles.

Toutefois, comme cela a été évoqué, la Démocratie participative modifie des postures, des statuts qu’il est parfois difficile de remettre en question mais je veux dire qu’à mon sens cela ne remet nullement en cause la légitimité des uns et des autres. Les élus restent décisionnaires. Ils décident en dernière instance mais cela n’exclue pas le fait d’organiser la prise de décision. Sans démagogie et en insistant sur ce point, l’objectif est de permettre aux citoyens d’occuper une place et d’aider les élus et le conseil municipal à optimiser sa décision.

Cela comporte le risque de voir la participation citoyenne comme une contrainte supplémentaire dans des dispositifs déjà lourds et compliqués. Je prends ce risque parce que je crois que cette prise en compte influencera positivement nos méthodes de travail et nos relations. Cela prendra du temps, peut-être, mais c’est un temps nécessaire qui implique un long et patient investissement de chacun et ce à sa juste place.

La participation ne remet pas en cause non plus la légitimité technique des services, leur expertise et leur compétence professionnelle. Là encore, le fait d’intégrer de nouveaux interlocuteurs peut rajouter du travail, nécessitera de changer les postures. C’est un risque que nous prenons pour adapter les services, les orienter vers les populations qui en ont prioritairement besoin. Cela implique du changement mais il est important de ne pas se limiter à des données techniques et financières.

Un autre point essentiel, c’est la conviction que l'équipe municipale ne gère pas pour elle-même. Les élus sont des gestionnaires ponctuels. Quand on gère le bien public, l’intérêt général, il faut se rappeler qu’il faut être infiniment modeste et qu’il ne nous appartient pas. Le secteur public s'occupe des autres, des concitoyens, de l'intérêt général. La démocratie participative commande de le faire avec eux.

Les nombreuses et diverses actions associatives menées depuis longtemps à Évreux pour favoriser la vie et promouvoir la qualité de vie et la solidarité, doivent permettre d'engager aujourd'hui une nouvelle étape vers une démocratie participative et une citoyenneté plus active. La démocratie participative est une ouverture à la pluralité des points de vue. Elle affirme la légitimité de chacun, entre expertise associative et droit individuel à participer à la vie de sa cité.

Les Conseils de quartiers sont constitués comme nouvel espace d'information, d'expression, de propositions et de réflexion en offrant également la parole à ceux qui ne la prennent pas habituellement. Ils s’inscrivent dans une démarche évolutive que nous construisons et feront évoluer ensemble. La démocratie ce n'est pas l'apanage d'un service, d'une direction, c'est transversal, partagé.

Comme nous avons pu le noter à travers le travail réalisé ensemble ce matin, la méthode est incomplète, pas suffisamment définie, elle est encore à caler. La démocratie ne se décrète pas.

Le but de la première édition du Printemps de la Démocratie est de dresser ensemble - élus, techniciens, habitants et associations– un inventaire prospectif de ce que sera la démocratie participative à Évreux. Il s’agit de mettre en lumière les points qu’on évaluera lors de la prochaine édition du printemps, dans un an.

La journée a été placée sous le registre de la formation. Ce n’est pas pour autant à une formation ex cathedra que vous avez été conviés, mais à la constitution commune d’un diagnostic local partagé. Le début de la démarche est le bon moment pour formuler des objectifs et définir les chantiers à venir et ce diagnostic nous servira d’outil d’aide à la décision.

Pour conclure, nous espérons compenser le désintéressement citoyen, on s'adresse au plus intéressé au devenir de la Ville. La démocratie participative a vocation à faire émerger le citoyen qui jusqu'alors n'a pas l'habitude de s'exprimer. L'immersion du citoyen dans l’élaboration de nos dossiers, c'est une autre forme de légitimité qui s'ajoute. Autant le citoyen doit prendre sa place mais rester à sa juste place et doit garder à l’esprit qu’il joue un rôle consultatif important.

La véritable démocratie implique la vigilance des citoyens et le contrôle des gouvernants. Il est urgent d’ouvrir nos démocraties et de lutter contre la crise politique, d’optimiser les services de la collectivité, de mieux informer, de mieux décider, de favoriser le consentement par un processus loyal. Je suis conscient que la démocratie participative possède également ces limites et des effets pervers mais je vois beaucoup de raisons de ne pas désespérer.

Pendant ces ateliers, on aura partagé des diagnostics, fait des constats pas toujours agréables à entendre, on aura émis des pistes de travail, des priorités. Il s’agit d’autant de point de vigilances sur lesquels je vous donne rendez-vous pour le prochain printemps. Après un an de pratiques, les élus, les services, les ébroïciennes, les ébroïciens impliqués dans les démarches participatives pourront évaluer dans quelle mesure ils auront progressé.

En effet, cette nouvelle posture implique de passer par des actions de formation, de clarification des circuits d’informations, du rôle de chacun et tout le monde doit faire l’apprentissage de ces changements.

Enfin, je remercie à nouveau sincèrement l’ensemble des participants de leur engagement utile au développement de la vie locale.