Inauguration de la rue Aimé Césaire

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Le 13 juin 2009

Mesdames et Messieurs les élus,

Chère Christiane

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Aujourd’hui, Evreux veut rendre hommage à Aimé Césaire, homme de convictions, témoin capital de son siècle, acteur majeur de « l’éveil post-colonial » et très grand poète et écrivain.

Et je suis infiniment reconnaissant à Christiane Taubira d’être présente aujourd’hui parmi nous. Je le sais les liens étaient forts entre vous et le grand homme que nous souhaitons modestement honorer en attribuant son nom à une rue de notre ville.

Le choix de cette rue, au cœur d’un quartier multi - culturel nous a paru naturel ; quel meilleur endroit en effet que ce lieu situé à côté d’une école, le sanctuaire du savoir, et au centre d’un quartier, qui depuis toujours fait de l’égalité et de la fraternité entre tous un mode de vie.

Cette égalité et cette fraternité que Aimé Césaire revendiquait plus que pour lui, pour tous ses contemporains et qui aujourd’hui encore dans notre propre pays font parfois défaut.

Quel meilleur endroit donc pour rendre hommage à un homme dont vous dites, Christiane que vous aimiez « la fulgurance de la pensée cosmique […], la redoutable stridence » des mots et « l’élégance subversive » des phrases.

Né en Martinique, à Basse-Pointe en 1913, Aimé Césaire est arrivé à Paris dans les années 1930 pour y étudier la littérature. Etudiant brillant, il intègre l’Ecole Normale Supérieure et y rencontre ceux qui vont devenir ses amis de toujours. A cette même époque, il compose son cahier d’un Retour au pays natal, dans lequel le surréalisme prend une dimension poétique rarement égalée et où se mêlent métaphores audacieuses et expression de la révolte.

Un peu plus tard, il fonde sa revue Tropique qui est interdite par le régime de Vichy : tout un symbole ! Car dans le message de ce grand homme, l’un des plus grands écrivains de la littérature française et francophone, il y a un appel à la dignité humaine, à la Fraternité mais aussi et surtout à l’action.

Durant ces mêmes années, avec ses amis, Léon Gontran-Damas et Léopold Sédar-Senghor, il développe le combat de la négritude et comme il le dira lui-même : «  Tu as compris Léopold, plus nous serons nègres plus nous serons universels ».

Mais la quête d’Aimé Césaire va bien au-delà de la lutte contre l’esclavage et le colonialisme. Il sollicite plus qu’il ne pourfend et il s’adresse tout autant aux opprimés qu’aux oppresseurs. Il a fait de son combat celui de tous les hommes appelés à se parler en frères.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, son engagement le conduit à se présenter devant le suffrage universel. Député de Martinique, il sera à l’origine de l’évolution législative transformant en départements les anciennes colonies d’Outre-Mer.

Maire de Fort-de-France, il a servi ses concitoyens pendant cinquante-six ans et il a toujours soutenu cette ville pour laquelle il éprouvait un attachement viscéral.

A la fin de sa vie, Aimé Césaire s’était exprimé pour dénoncer la loi du 23 février 2005 attribuant un rôle positif à la colonisation.

Au nom d’Evreux et en mon nom personnel, je veux exprimer notre respect pour cette figure extraordinaire. Et pour célébrer l’homme autant que son héritage politique et littéraire, nous avons proposé qu’une rue de notre ville porte désormais son nom.

Pour finir, je voudrais, si vous me le permettez, vous lire un de ses magnifiques textes : Partir.

Partir. Comme il y a des hommes hyènes et des hommes-panthères.
Je serais un homme-juif,
Un homme-cafre,
Un homme-hindou-de-Calcutta,
Un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas,
L’homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture.

On pouvait à n'importe quel moment le saisir, le rouer de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne un homme-juif un homme-pogrom un chiot un mendigot.

Je vous remercie et, encore une fois, je remercie Christiane Taubira de sa présence parmi nous pour commémorer celui que vous appelez justement, Christiane, le « poète d’idéal de gauche ».