Le 29 juin 2009
La première visite de chantier à laquelle nous avions été conviés nous avait permis d’apprécier l’ampleur du projet, sa technicité, les proportions particulières des bâtiments, son emprise dans le site de Cambolle.
Depuis, nous nous sommes familiarisés de loin à sa silhouette qui fait désormais partie intégrante du paysage. Nous l’avons vu peaufiner sa mue, abandonner peu à peu son apparence extérieure de chantier. Nous avons repéré l’apparition de nouveaux détails qui l’installe peu à peu dans ce que sera sa destination finale.
Accueillis de nouveau par l’Entreprise Quille, responsable du chantier, à quelques mois de la mise en service de ce nouvel hôpital, nous ne pouvons qu’être impressionnés par ce qui nous entoure.
Le dossier de presse réalisé par le service communication de l’hôpital pour accompagner cette visite et renseigner les visiteurs privilégiés que nous sommes sur les conditions de sa mise en œuvre, est suffisamment complet et explicite pour que je n’y revienne pas. Je laisse volontiers le soin à l’architecte du projet, d’évoquer ce qui relève de l’exercice de son art.
In situ, et sans en avoir encore fait le tour, chacun peut mesurer ce que représentent ce chantier et la préfiguration de ce que sera le nouvel établissement de santé lorsqu’il aura pris vie.
Je m’attacherai donc, en ma qualité de président du Conseil d’administration du Centre hospitalier intercommunal Eure Seine à apporter comme il me revient, un éclairage politique sur ce que doit être l’avenir de l’hôpital de Cambolle dont la mise en service est attendue de tous mais continue néanmoins à soulever de nombreuses et graves interrogations.
Ne vous y trompez pas, les circonstances de cette visite de chantier ne rendent pas inopportun d’évoquer en ces lieux le devenir de la santé de notre territoire. Bien au contraire. Lorsque les entreprises auront quitté les lieux après avoir accompli au mieux leur rôle de bâtisseur, de nouveaux défis vont s’engager. Ils sont depuis longtemps dans l’esprit de tous et seront durs à relever. Ne pas les évoquer aujourd’hui serait un manquement au sens des responsabilités qui nous anime. Ce n’est pas M. Jouatel, qui me démentira lui qui bataille jour après jour pour gérer l’établissement dont il a la responsabilité.
Tout d’abord, si je peux intervenir encore ici en tant que président du Conseil d’administration du CHI, les jours qui passent me rapprochent de ce qu’il va advenir rapidement de l’application de la loi Patients Santé et Territoires. A savoir, une mutation complète du système de gouvernance des établissements hospitaliers qui fonctionneront bientôt sans l’appui et la vigilance des élus locaux, puisqu’ils se trouveront exclus de cette nouvelle organisation.
A ceux qui voudraient penser que l’absence des élus des conseils d’administration n’est pas un problème en soi, je voudrais rappeler l’importance de leur présence au sein des instances décisionnelles.
Elus de la République, dont la santé publique est l’une des prérogatives essentielles, nous avons le souci quotidien du bien être de la population dont avons la responsabilité et la fine connaissance. La qualité des soins, leur accessibilité, leur permanence tout comme leur spécialité ou leur diversité doivent être en adéquation avec les besoins exprimés. Parce que nous sommes proches d’elle, la population nous interpelle sur ces sujets qui participent fondamentalement de la qualité de vie d’un territoire et de son attractivité.
L’attachement des Français au service public de santé et le rôle qu’ils attendent des élus locaux lorsque celui-ci est menacé, en dit long sur le nécessaire lien qu’il aurait fallu maintenir. Exclus des grandes décisions qui orientent la politique locale de santé, il n’y a pas loin à penser que l’on nous assigne désormais au rang de spectateurs impuissants face au démantèlement qui se profile.
Je m’y refuse. Aussi, temps que mon rôle de président m’est conservé, je veux continuer à peser sur le devenir des politiques locales de santé publique comme je l’ai fait depuis ma désignation au sein du Conseil d’administration.
Avec l’appui de celui-ci, je n’ai reculé devant aucune de mes responsabilités pour attirer l’attention de l’Etat sur la situation du CHI Eure-Seine qui se trouve confronté à une équation quasi insoluble : rétablir au plus vite un équilibre budgétaire aujourd’hui largement déficitaire, pour faire fonctionner un nouvel établissement beaucoup plus important, dont le budget de fonctionnement se verra de fait démultiplié. Et ce, dans un environnement peu attractif de démographie médicale qui place le département de l’Eure bon dernier en la matière. Sans parler des équipements médicaux de pointe nécessaires à la renommée médicale de ce futur établissement de soins, qui se trouvent, comme par hasard, affectés par l’Etat au secteur privé. !
Ensemble, nous avons déjà utilisés un certain nombre de moyens pour nous faire entendre : motions, interpellations de l’Agence régionale de l’hospitalisation et du ministère de la santé, jusqu’au récent refus de vote du budget prévisionnel 2009. Parallèlement, j’ai demandé à chaque membre du Conseil d’administration de s’engager dans une large réflexion sur les voies possibles en matière de coopération hospitalière, de partenariat public/privé avec les cliniques du territoire.
J’attends beaucoup de nos capacités communes à aller chercher toutes les solutions y compris les plus inédites et innovantes qui permettront à l’hôpital de Cambolle d’occuper la place qui est la sienne.
Ma détermination est entière, l’hôpital de Cambolle devra remplir le rôle que lui a dévolu l’Etat en acceptant de financer sa construction. Cela ne se fera pas en limitant ni son activité, ni en ponctionnant sur les conditions de travail de ses agents et sur leur nombre, ce qui serait en soi une aberration et la fin annoncée d’un établissement de santé publique mort-né.
Voici rappelés une nouvelle fois, les défis qui sont les nôtres et qu’élu je veux contribuer à relever avec vous. Je partage l’inquiétude (et c’est un euphémisme) de l’équipe de direction, du personnel, qui tout à la fois attendent avec la plus grande impatience d’occuper enfin des lieux fonctionnels et adaptés aux exigences que représente l’exercice de la médecine du XXIe siècle mais qui sont aussi taraudés par le doute de parvenir dans les conditions présentes, à conduire dans les meilleures conditions possibles le développement d’un tel équipement.
Mes propos peuvent paraître sombres au moment où le maître d’œuvre va nous inviter à la visite de ces lieux appelés bientôt à entrer en activité. Cela n’enlève rien à la reconnaissance que je porte à l’investissement de l’architecte, au travail de toutes les entreprises qui ont depuis des mois démontré leur savoir faire.
Mes propos sont avant tout ceux d’un élu responsable et volontariste qui n’est pas engagé au sein du Conseil d’administration pour y faire de la figuration mais pour être un acteur, à vos côtés, de la politique de santé du Grand Evreux agglomération. Et qui demande aussi à l’Etat d’assumer toutes les responsabilités qu’il a prises en engageant l’argent des contribuables pour le futur hôpital de Cambolle.
Je vous remercie.
Le mardi 05 janvier à 16:23:13