Le théâtre d’Évreux – 200 ans d’histoire
Dès l’Antiquité, la cité ébroïcienne s’est équipée de bâtiments dédiés à l’art du théâtre. Depuis le XIXe siècle, la construction d’un premier théâtre en 1812 – sous l’égide de Joséphine de Beauharnais – puis celle d’un nouveau bâtiment en 1903 montrent une affirmation de cet attachement indéfectible des Ébroïciens au théâtre qui semble ne jamais avoir faibli depuis l’Ancien Régime.
Une longue tradition théâtrale
La première mention d’une salle dédiée aux « représentations de tragédies, comédies et opéras bouffons » apparaît dans une supplique de 1770, émanant de deux directrices de tournées, contre la concurrence déloyale de danseurs de corde.
Pendant la Révolution française, cette salle, qui reçoit des comédiens refusant de se plier aux exigences révolutionnaires, est placée sous étroite surveillance...
En 1811, Joséphine de Beauharnais, exilée à Évreux après sa répudiation par Napoléon, s’ennuie.
Elle offre la somme de 15 000 francs pour la construction d’un théâtre qui sera inauguré en juillet 1812.
En janvier 1848, le fonctionnement interne de l’établissement est entièrement revu, en particulier sur le plan de la sécurité. Le gaz est d‘autre part installé et des travaux de consolidation de la structure sont engagés en 1852.
Face à l’intérêt croissant suscité par le théâtre (qui accueille, outre les pièces du répertoire, des représentations de magie et d’occultisme, des conférences, des concerts, des opéras, des ballets, des spectacles d’automates..) et afin d’étendre l’édifice, le Préfet offre à la Ville, en 1862, le bâtiment qui jouxte l’établissement.
En 1877, les décors sont entièrement refaits.
Ces multiples travaux pourraient en partie expliquer pourquoi, à compter des années 1870, de nombreuses troupes sollicitent l’autorisation de se sédentariser à Évreux, et ce, d’autant, que la municipalité semble peu encline à appliquer la censure (à plusieurs reprises, le Préfet rappellera à la Municipalité son devoir de s’assurer que la troupe et la pièce sont bien autorisées).
Dès 1880, l’électricité est utilisée pour des féeries, et l’arrivée du cinéma est préfigurée par des « conférences avec effets polyoramiques fondants ».
Un nouveau théâtre municipal
Malgré son succès, le « théâtre de Joséphine » se détériore.
En février 1896, le conseil municipal décide sa démolition et organise un concours d’architecte.
La construction du nouveau théâtre est confiée le 13 janvier 1898 à Léon Legendre, jeune architecte normand, qui propose de construire un théâtre à la française, idée d’autant plus originale que la fin du XIXe siècle est plutôt marquée par le retour des théâtres à l’italienne. Les travaux s’échelonnent de 1900 à 1904, nécessitant le recours à des crédits supplémentaires en 1901 et 1903. La réception définitive a lieu le 25 juin 1903.
L’Ère Baret
Depuis 1901, un directeur de tournées parisien, Charles Baret, harcèle le Maire pour obtenir la direction du nouveau théâtre. Il connaît bien la ville, y organisant régulièrement des repré-sentations depuis 1892.
Dans une lettre du 22 mars 1901, il expose ses titres et ses prétentions, insistant sur ses excellents rapports avec plusieurs auteurs dramatiques en vogue, tels Georges Courteline ou Tristan Bernard, et s’engageant à faire jouer à Évreux les pièces dès leur création à Paris.
Baret est agréé par le Conseil municipal le 28 avril 1903. Il restera à la tête de l’établissement jusqu’en 1929.
Cet homme soucieux des progrès techniques et des nouveautés théâtrales n’a de cesse de transformer « son » équipement.
En 1909, un fumoir et des WC sont aménagés ; en 1911, on installe un « rideau-réclame », qui restera en place jusqu’en 1923 : le Conseil municipal se donnera un droit de regard sur les réclames ainsi présentées, arguant du fait qu’elles ne doivent pas nuire aux commerces ébroïciens.
En 1907, Charles Baret convainc le Maire d’organiser des projections cinématographiques.
En 1919, il se retire, laissant ses affaires aux mains de ses administrateurs, qui transforment en 1922 les Tournées en société de commandite « Ch. Baret, Janvier et Cie ».
En 1929, celle-ci se désengage de la direction du théâtre, jugeant qu’elle représente trop de contraintes pour peu de rentabilité.
C’est la fin de l’ère Baret, même si les Tournées continueront à se produire à Évreux jusque dans les années 1970, bénéficiant de conditions spéciales.
La période sombre
Jusqu’en 1941, trois concessionnaires vont se succéder à la direction du théâtre. Charnault, déjà en charge des spectacles de cinéma depuis 1921, prend la tête de l’équipement en octobre 1929 sur recommandation de la société Baret.
Il cède sa concession en février 1933 à MM. Denuit et Henrion, propriétaires du Victor-Hugo Palace, première salle ébroïcienne dédiée au cinéma. L’exploitation du théâtre se révèle déficitaire et entraîne la résiliation de la concession en avril 1935 au profit de Pierre Bureau, qui demeure en poste jusqu’en 1941.
Après cette date, devant la difficulté de trouver un concessionnaire privé, la Ville décide de confier la direction du théâtre à des fonctionnaires municipaux.
L’après-guerre permet au théâtre de reprendre doucement ses activités. Dès 1947, un agrandissement de la fosse d’orchestre est envisagé. En 1950 et 1951, sont décidées l’installation du chauffage au mazout et la remise aux normes de l’équipement électrique. En outre, de 1962 à 1977, est menée une vaste réfection des structures (toiture, paradis, orchestre). L’édifice accueille des manifestations fort diverses : pièces du répertoire, spectacles scolaires et récréatifs, assemblées générales d’associations, spectacles de bienfaisance se succèdent, entraînant souvent un fonctionnement à perte de l’établissement, régulièrement utilisé à titre gratuit.
En 1991 le Théâtre d’Évreux devient « Scène nationale », label octroyé par le ministère de la Culture.
Le jeudi 17 décembre à 14:41:09