Hommage aux "morts pour la France" en Indochine

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CEREMONIE  DE  LA JOURNEE NATIONALE  D'HOMMAGE AUX “MORTS POUR LA FRANCE“
EN INDOCHINE
Mercredi 8 juin 2011

Prononcé par Simone Chargelègue

Monsieur le Secrétaire Général de la Préfecture,
Mon Général,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants d’associations d’anciens combattants,
Mesdames et Messieurs,

Il y a près de 60 ans, quelque part au bord de la rivière Nam Youn, dans la plaine de Dien Bien Phu, un soldat français inconnu tombait au combat. C’est son inhumation, à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette, dans le Pas-de-Calais, le 8 juin 1980, qui est aujourd’hui célébrée.
Dien Bien Phu, ultime épisode de la tragédie de la Guerre d’Indochine et, dans le même temps, révélation à la face du monde d’un conflit longtemps oublié, par les opinions publiques occidentales, bien sûr, mais, aussi, par l’opinion publique française elle-même.
Car c’est bien là, l’un des drames pour les soldats qui ont participé à ce conflit.
Ce corps expéditionnaire a agit en effet dans un pays lointain, sans objectifs militaires ou politiques très clairs. Peu soutenue par une Métropole à peine sortie de la seconde guerre mondiale, composée de soldats de métiers, parfois perçus comme des aventuriers, voire des têtes-brulées, cette armée était aussi financée, en argent, et en matériel, essentiellement par les États-Unis. De fait, elle ne pesait pas trop sur les finances publiques. 
Et puis, contrairement à l’Algérie, quelques années plus tard, le Gouvernement n’a pas envoyé le contingent. Quant à la présence, sur place, de colons français, elle était bien entendu beaucoup plus modeste qu’en Afrique du Nord.
C’était donc un conflit moins visible pour les médias de l’époque, et moins douloureux pour les familles françaises, surtout que, ne l’oublions pas, une bonne partie des soldats étaient des légionnaires, et que certains venaient d’Afrique ou du reste de l’Indochine.
C’est pourquoi l’annonce de la défaite, dans cette cuvette, surprit en métropole.
Dien Bien Phu et ses collines aux prénoms féminins, comme Isabelle, Huguette, Claudine ou Dominique, Dien Bien Phu et les attitudes courageuses de soldats français, dont certains, alors que la situation apparaissait perdue, sautèrent pour la première fois en parachute pour l’honneur, ou pour aller aider leurs copains, et, bien souvent, mourir avec eux…
Mourir pendant la bataille, ou bien mourir après. Car le taux de survie dans les camps de prisonniers était faible, autour de 50%, et bien des survivants des combats arrêtés par l’armée d’Ho Chi Minh n’ont jamais retrouvé leur famille. Au total, des dizaines de milliers de soldats français y ont ainsi perdu la vie ou sont revenus gravement mutilés, et, peut-être, ½ millions de vietnamiens y ont trouvé également la mort.
La Guerre d’Indochine est donc une piqure de rappel : chaque guerre est douloureuse, pour les soldats et pour les civils, a fortiori lorsqu’elles prennent ces formes de guerres asymétriques, où sont imbriquées les forces combattantes et la population civile.
Cette guerre de guérilla est en effet exemplaire, si l’on peut dire, de ces conflits de la 2nde partie du 20e siècle. D’un côté, il y a une grande puissance déployant une force matérielle importante, et, de l’autre, il y a une armée de partisans, certes moins équipée, mais très motivée et capable d’exploiter les avantages d’un terrain beaucoup plus familier.
Exemplaire, la Guerre d’Indochine l’a également été dans les difficultés à distinguer les non-combattants des militaires. Les pertes ont ainsi été terribles chez les civils avec l’utilisation, notamment, de l’arme du napalm. L’image de cette petite fille vietnamienne gravement brûlée par les bombes américaines fera, quelques années plus tard, le tour du monde. Cette situation d’attente, cette absence de ligne de front fixe, cette peur permanente de la bavure existent encore. Le sergent Christophe Tran Van Can, dans son Journal d’un soldat français en Afghanistan, décrit le soin du soldat à accomplir à bien sa mission, mais aussi ses inquiétudes face aux attaques des Taliban ou les bombes cachées, sa peur d’user de son arme contre des innocents et ses pensées, constantes, dirigées vers sa femme, vers sa fille, vers son fils.
L’Afghanistan justement. Depuis 2001 et le début de l’opération de l’Otan, 50 000 soldats Français y ont servis, et 59 d’entre eux y sont tombés. Ne les oublions pas et pensons, chaleureusement, à celles et ceux qui y sont encore, et aux nombreux blessés. Et ayons en tête un repli militaire en bon ordre, d’autant plus justifié depuis la mort de Ben Laden et les sollicitations, toujours plus fortes, de notre outil de Défense en Afrique et au Moyen-Orient.
Car, oui, les démocraties ont le droit, ont le devoir, de se défendre. Elles doivent aussi prendre leurs responsabilités pour aider celles et ceux qui aspirent à la justice et à la Liberté, comme elles le font actuellement en Libye contre le régime de Khadafi. Mais, sans doute plus que les autres, les pays démocratiques doivent demeurer exemplaires, conscients de leurs responsabilités et attentifs à ne pas oublier les siens, même s’ils ont fait le choix des armes, même si le conflit n’engage pas directement l’intégrité du territoire national. L’Indochine nous l’a montré.
Je vous remercie.