Cérémonie des voeux 2011 aux acteurs institutionnels et économiques du Grand Évreux Agglomération
Michel Champredon
Maire d’Évreux
Président du Grand Évreux Agglomération
Vice-président du Département de l’Eure
Mercredi 12 janvier 2011
Monsieur le Secrétaire général de la Préfecture,
Monsieur le Président du Département de l’Eure,
Mesdames et Messieurs les élus, maires, conseillers régionaux, généraux et municipaux,
Mesdames et Messieurs les chefs d’entreprise,
Mesdames et Messieurs,
La cérémonie des vœux, c’est le rituel qui permet de franchir une ligne d'arrivée, résultat de plusieurs mois d’efforts qui furent sereins, ou plus compliqués, c’est selon, et le tremplin pour l’étape suivante. On regarde dans le rétroviseur, on pointe là où on a été bon, là où on aurait pu faire mieux.
Loin de moi la tentation de céder à l’autocongratulation. Ne copions pas le Dorian Gray d’Oscar Wilde qui s’admirait dans un miroir. Évitons aussi de rester dans les starting-blocks, en pestant contre telle ou telle contrariété de l’année écoulée.
Allons de l’avant, parions sur l’audace et même peut-être un peu sur le risque. Revendiquons positivement notre opportunisme, saisissons au vol notre chance et ayons à l’esprit cette citation de René Char : « Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière ».
Les quelques lueurs que nous avions aperçues, n’étaient, dans le projet du Grand Paris par exemple, que de vagues promesses, des assurances sur le thème « Évreux, rassurez-vous, ne sera pas oubliée ». Rassurés, nous ne l’étions pas vraiment.
Vous vous rappelez sans doute comment cela a commencé : un coup de sifflet élyséen qui a pris tout le monde de court.
En mai 2009, le Président de la République remettait au goût du jour le vieux rêve napoléonien de transformer Le Havre en port de la Région parisienne. Objectifs : Rouen à 45 minutes de Paris et Le Havre à 1h15.
Roulement de tambours dans les ministères et appel à la mobilisation générale des deux Normandie. Les Bas-Normands ne veulent pas être oubliés et apparaît alors la question de la liaison entre Paris, Caen et Cherbourg.
Chacun fait le même calcul, connaît sa géographie ferroviaire et compare le développement d’Alençon et du Mans : la première, au siècle dernier, a eu peur du train et du rapprochement avec Paris.
La seconde a parié dessus et c’est bien les Manceaux qui avaient raison…
L’un des enjeux, c’est le Y, là où se rejoignent les lignes Paris - Rouen - Le Havre et Paris - Caen - Cherbourg. Vous l’avez deviné, nous avons milité pour que ce Y soit situé à Evreux. Grâce aux chefs d’entreprises, aux associations d’entrepreneurs Agir et Réussir Evreux, à la CCI et à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat, à la chambre d’Agriculture, à Eure Expansion, à la Capeb et à la Fédération Française du Bâtiment, nous avons défendu les intérêts du territoire. Merci à eux et aux services du GEA, le Directeur Général des Services et le directeur de l’attractivité du territoire, pour leur mobilisation à nos côtés, leur engagement et la qualité de leur travail.
Merci aussi à ceux qui se font l’écho de cette bataille dans les ministères et ailleurs, et qui fut menée, et c’est tout à fait remarquable, au delà des subtilités partisanes.
Certes, rien n’est encore joué, loin de là. Mais qu’un hebdomadaire national comme l’Express consacre, en décembre dernier, un dossier entier à la ligne nouvelle en Normandie, et cite le Y à Évreux comme l’un des quatre scenarii retenus, le moins cher en plus, cela prouve que nous étions dans le vrai en sonnant le tocsin de la mobilisation ébroïcienne.
Le Président Destans, dont nous avons tous pu relever sur ce dossier l’engagement total à défendre les Eurois et leur avenir, n’y est pas étranger. L’Eure, un « casse-tête » selon l’Express, trottine désormais dans les esprits.
On ne pourra plus nous snober. Je salue aussi la prise de position de Mme la Préfète sur ce dossier et sur d’autres. Qu’elle en soit remerciée.
Nous avons donc franchi la première étape, celle de nous rappeler au bon souvenir des décideurs. Et bien, il faut poursuivre, car nous allons entrer dans le dur !
Certes, ce projet du Grand Paris est enthousiasmant et même, si j’ose dire, appétissant. Il séduit et chacun se surprend à devenir architecte du devenir normand.
Mais pour autant, je n’oublie pas qu’il est coûteux pour les finances publiques, qui, et c’est le moins que l’on puisse dire, sont asséchées.
Pas de rêveries excessives donc. Les placards sont remplis de grandes ambitions qui se sont brisées sur les contraintes budgétaires.
Ne lâchons pas non plus la proie pour l’ombre. Le train, c’est, pour des milliers d’habitants d’Évreux et de son Agglomération, la ligne Paris/ Évreux/ Caen. J’ai utilisé cette ligne pendant plusieurs années. Je sais donc ce que vivent toutes celles et ceux qui l’empruntent. Quand, le lendemain, on a un rendez-vous professionnel à Paris, un examen crucial ou même une banale journée de travail, il y a parfois, c’est vrai, de quoi mal dormir la veille !
A des degrés différents, j’ai donc alerté, une nouvelle fois, la SNCF et le Président du Conseil Régional sur ces dysfonctionnements, ces incertitudes et cet inconfort. Il faut que cela porte rapidement ses fruits, car nous risquons le découragement.
J'en profite pour rappeler ici mon attachement à voir réalisée, aussi tôt que possible, la liaison entre Rouen et Évreux, le trajet exact restant à préciser. Ne relâchons pas notre vigilance sur ce sujet. Les deux villes préfectures de notre région ne sont pas reliées par le train. Voilà une étrange singularité ! Et puis, rappelons-le, le projet de Y à Évreux permettrait de relier notre ville à Rouen. Ce serait donc faire coup-double…
Dans le même ordre d'idée, j'ai récemment réaffirmé à Madame la Préfète, l'importance pour Évreux et son Agglomération de voir terminée la 2x2 voies jusqu'à l'A13.
Quant à ce qui apparaissait comme l’Arlésienne du transport ébroïcien - je parle bien sûr de la déviation sud-ouest -, nous pourrons bien rouler dessus en 2016. Grâce à l’État et à la bonne volonté de la Région Haute-Normandie, du Département de l’Eure et du GEA, qui ont accepté de mettre la main à la patte en cofinançant ce projet routier, le transport routier sera aéré, au plus grand bénéfice de tous.
Voilà pour le transport, un domaine dont j’ai parlé en premier car, je le sais, c’est un facteur-clé quand on décide de s’installer quelque part. Mais l’attractivité du territoire se joue aussi sur ses terres, à domicile.
Je lisais ainsi dans Paris Normandie il y a quelques jours le témoignage d’un Ébroïcien de fraiche date. Je le cite : « Je suis commercial, et avec mon amie, on cherchait une ville agréable, pas trop loin de Paris. Si l’on a choisi Évreux, c’est parce que ça reste une ville à taille humaine, bien que pourvue de tous les services, les commerces notamment. Et puis le centre-ville est agréable, on n’est pas loin de la forêt, et d’une voie verte, où l’on peut se promener en toute sécurité, les enfants pouvant y faire du vélo sans problème ».
Je ne sais pas qui est ce Monsieur, en tout cas il a tout compris. Si certains d’entre vous l’ont reconnu, qu’ils m’indiquent son nom. Il ferait un très bon ambassadeur de notre territoire !
Plus sérieusement, ce nouvel Ébroïcien a pointé une évidence : quand on choisit une ville, on ne plante pas seulement un drapeau sur une carte, on parie aussi pour un bien-être au quotidien et une qualité de vie sur le long terme.
Notre Ville et notre Agglomération roulent au mélange, carburent à la diversité, se nourrissent de mixité. Elles reposent en effet sur le partage, l’ouverture, l’équilibre.
Équilibre entre le centre-ville et les quartiers, équilibre entre les espaces d’emplois et ceux d’habitation, équilibre entre les différents modes de déplacement, doux, piétonniers, motorisés.
Sur ce dernier point, le Plan de Déplacements Urbains, qui sera conclu cette année, marquera au quotidien notre ambition.
Les logements également. J'en dénombre près de 4 500 en projets. Il y aura des logements de standing, des logements pour les classes moyennes et d’autres pour le plus modeste surtout. Nul besoin de lire les hebdomadaires qui titrent sur la hausse de prix de l’immobilier pour se rappeler cette évidence: le logement demeure le premier poste de dépense des familles.
Notre néo-ébroïcien, le commercial plein de bon sens, s’en rendra compte : nous sommes une ville et une Agglomération qui ne laissent personne au bord du chemin.
Qu’est-ce qu’une ville solidaire ? Une ville qui veille sur ses aînés par exemple : la nouvelle résidence Azémia le prouve.
Qu’est-ce qu’une Agglomération solidaire ? Une Agglomération qui se rappelle la diversité de ses territoires et l’alchimie qu’il convient de préserver, entre, par exemple, les ruches des centres urbains et les espaces plus calmes de la ruralité. Le Pôle d’Excellence Rurale, dont j’ai bon espoir qu’il soit retenu, en porte témoignage. Il va faciliter le développement d’une filière agricole de qualité et porteuse d’une vraie ambition écologique.
Un équilibre à maintenir également avec les quartiers en rénovation urbaine, comme La Madeleine et Nétreville. Avec le concours de nos différents partenaires, comme l’État, l’Anru, la Région, le Département ou la Caf, nous raccrochons ces espaces attachants et populaires aux wagons de la modernité.
Si notre commercial est amateur de sport ou de culture, il peut déjà fouler la pelouse synthétique des terrains de football de La Madeleine. En patientant un peu, il pourra aussi participer aux exploits de son équipe favorite, forcément ébroïcienne, dans la future salle de sports et de spectacles, et rêvera peut-être, grâce à la future Salle des Musiques Actuelles, d’un grand avenir pour ses enfants, future relève de la french touch, un courant de la musique électronique que certains d’entre vous connaissent peut-être.
Et puis, notre ami, visiblement amateur d’espace vert, est certainement un adepte vigilant du tri des déchets et de la préservation de l’environnement. Qu’il n’ait pas d’inquiétude s’il se verse un verre d’eau au robinet : avec le Centre de Traitement des Eaux Usées de Gravigny et l’Unité de Traitement d’Eau Potable d’Arnières-sur-Iton, nous sommes bien équipés.
Pour s’aérer l’esprit et faire découvrir l’Eure à ses amis, il peut aussi s’adresser à notre Office de tourisme. Un coup de vélo et c’est le dépaysement assuré.
Flâner dans notre ville et y dépenser son argent durement gagné, à l’occasion des soldes qui viennent d’ailleurs de commencer aujourd’hui : voilà sans doute les attentes de notre commercial préféré à l’égard du Centre-Ville.
Nous y avons d’ailleurs organisé des événements festifs, comme la fête de la Fraternité, la foire Saint-Nicolas ou la fête de la Musique, et installé une patinoire devant l’Hôtel de Ville, qui a eu un grand succès.
Nous avons également encouragé le déplacement dans la Ville, en rendant gratuit, à l’occasion des fêtes de Noël, le stationnement sur le parking Leclerc.
Vraies causes :
Rappeler que les projets sont bloqués, sans vouloir casser de dynamique
La Ville d’Évreux sans être responsable du contexte économique général ni des évolutions de comportements des consommateurs assume aussi, en matière de vitalité commerciale, un rôle de coordination et de proposition. C’est notre manager de Centre Ville, également animateur du futur observatoire du commerce, qui en a la charge.
Enfin, si notre ami veut changer de travail, nul doute qu’il souhaitera éviter de trop grands trajets. Il cherchera un métier qui lui plaît à côté de son domicile.
Encore faut-il qu’on veuille de lui. Vous voyez là où je veux en venir : comment fait-on pour faire venir des entreprises ? C’est un bien vaste sujet. En la matière, pas de baguettes magiques.
Partons de cette question : qu’attend des élus un chef d’entreprise ?
En fait, c’est simple : une ville agréable qui satisfait ses salariés et intéresse des candidats potentiels, des services publics qui marchent et qui lui facilitent la tâche, des interlocuteurs identifiés qui, dans la mesure du possible, encouragent la création de richesses.
D’une Agglomération, le chef d’entreprise souhaite aussi, du moins je le crois, un lieu de rencontre des initiatives, d’élaboration partagée du territoire. Avec le Conseil Économique et social et d’environnement, le Cese, le lancement est prévu dans tous les prochains jours. Avec le Livre Vert, un document de prospection qui doit dessiner le portrait de notre agglomération dans les prochaines décennies, nous pensons aux jeunes générations, qui viendront un jour frapper à votre porte pour vous proposer leurs services. Avec la Maison de l’entreprise et de l’emploi (MD3E), dont les missions tournées cette fois vers le secteur économique ont été arrêtées, et qui vient de prendre ses quartiers sur la zone du Long Buisson nous disposons maintenant d’un outil aux services du développement économique.
Des enfants qui grandissent vite et qui se poseront la question de leurs études. On peut étudier sur le territoire du GEA. C’est peu connu mais bien réel : il y a 3500 étudiants qui se répartissent entre l’IUT, une école d’ingénieurs, la faculté, des BTS des DUT et bien d’autres formations, sans oublier tous les avantages qui résultent de la recherche universitaire, notamment la présence de chercheurs et de laboratoires que nous n’oublions pas de financer.
Toute cette philosophie de l’urbanité se cristallise notamment du côté de ces espaces désormais sans entreprise, équipements privés ou hôpital. J’ai bien sûr en tête Navarre, Saint-Louis, la Matmut ou Ferroxdure. Tous ces hectares libérés font travailler les imaginations : c’est très bien, mais nous serons vigilants. Bien sûr, nous n’agirons pas de la même façon selon les projets. A Navarre, depuis la vente du site en mars 2008, nous ne maîtrisons pas tout.
A Saint-Louis en revanche, nous allons continuer de maîtriser l’urbanisme, via cet instrument privilégié qu’est le Plan Local d’Urbanisme. En tout état de cause, nous rendrons une copie équilibrée, enrichie des besoins citoyens en matière d’habitats, de transports, de dynamisme économique et d’environnement. Selon la nature des projets
Permettez-moi, ici, une petite incise.
J’ai parlé tout à l’heure de création de richesse. C’est le fait bien sûr des entrepreneurs, qui risquent, souvent, leur patrimoine. Mais elle est aussi le fait de l’ensemble des salariés, ceux du public notamment.
Nous avons en France un équilibre historique et qui finalement ne marche pas si mal que cela, entre le privé et le public.
Je suis un ardent défenseur des services publics. Ils ont donné à la France une armature exceptionnelle. Dans cette période de tourments économiques, on voit bien les bénéfices d’un service public performant et la force de fonctionnaires tout entiers tournés vers l’intérêt général.
La commande publique, c’est aussi le client principal de bien des entreprises, et la récente crise nous l’a montré, le bol d’air indispensable pour éviter l’asphyxie financière par les petits génies de Wall Street. Sans l’État et sans les collectivités territoriales, notre économie aurait sans doute définitivement piqué du nez. Un exemple : avec la base aérienne, c’est environ 100 millions d’euros qui seront injectés, à terme, sur le territoire pour en faire une Base de défense et accueillir le millier de militaires attendu.
A ce titre, la suppression de la Taxe Professionnelle, si elle a pu en réjouir certains au début, ne doit pas être mal interprétée. Certes, il y a compensation jusqu’en 2011. Mais après, que se passera-t-il ? L’affaiblissement financier des collectivités locales porte en germe l’assèchement des carnets de commandes de bon nombre d’entreprises et c’est l’emploi qui est menacé au final.
Bien sûr, je suis moi aussi, en quelque sorte, chef d’entreprise, et je chasse le gaspi et veille au bon usage de l’argent public. Sans cesse, avec les directeurs généraux des services, nous cherchons ainsi de nouveaux modes de partenariat, nous évaluons, nous tentons, nous modernisons.
Mesdames et Messieurs, chers amis,
je m’aperçois, au moment de conclure, que j’ai un peu oublié mes engagements du début de mon intervention, quand je souhaitais éviter l’autosatisfaction. Remarquez, j’avais promis en début d’année d’arriver toujours à l’heure, aux poses de première pierre notamment, à croire que je fais partie de ceux qui ont du mal à tenir les bonnes résolutions du mois de janvier.
Il y en a en tout cas une résolution sur laquelle je ne céderai pas, et je pense que les élus ici présents sont d’accord, sur laquelle nous ne nous céderons pas. C’est celle de redoubler notre ardeur au travail pour Évreux et pour son Agglomération. Dans la différence qui caractérise le monde des élus, nous sommes animés de la même flamme pour notre agglomération qui nous éclaire et qui nous guide.
Merci à vous donc, merci pour votre investissement, votre travail, votre goût d’entreprendre et votre appétence à créer. Vous méritez 100 fois notre respect et notre considération.
Peut-être, d’ailleurs, partageons-nous le même esprit d’entreprise et, disons-le, parfois même le culot pour forcer quelques portes.
Je vais d’ailleurs conclure comme j’ai commencé, avec un peu de poésie et une citation de René Char : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A regarder, ils s’habitueront ».
Bonne année 2011 !
Michel Champredon
Le jeudi 31 mars à 13:56:15