ALLOCUTION DE MICHEL CHAMPREDON
Maire d’Evreux, Président de l’Agglomération du Grand Evreux
Commémoration du 8 Mai 1945
Samedi 8 mai 2010
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Député,
Madame la Vice-présidente du Conseil général de l’Eure,
Mesdames et Messieurs les représentants d’association d’anciens combattants,
Mesdames et Messieurs,
Ce soir, à 23 heures 1 minute précise, cela fera exactement 65 ans que la Seconde Guerre mondiale s’achevait sur le continent européen.
Après cinq années de conflits meurtriers, cinq années de peine et de tragédies, cinq années de servitude, la France et l’Europe se dressaient enfin d’entre les décombres.
Pour les plus jeunes d’entres nous, il est malaisé de se représenter ce que la capitulation allemande portait en elle d’espoir et d’émotion.
Débarrassée de la tyrannie nazie et des souffrances du conflit, l’Humanité tournait là la page la plus sombre de son Histoire.
Cette guerre fut la première guerre totale, dépassant toutes les limites connues, ravageant l’Europe, humiliant les grandes Nations, anéantissant l’âme des peuples.
Les belligérants s’y jetèrent de toute leur force, entrainant avec eux l’ensemble de leur population. Tous les moyens militaires, tous les moyens industriels, mais également tous les moyens civils furent jetés dans la bataille. Les frontières de la guerre classique ont été effacées, les populations civiles devenant les otages actifs de l’Histoire.
Plus de 50 millions d’êtres humains ont ainsi péri.
Aux victimes militaires se sont ajoutés les multitudes de visages anonymes des victimes des génocides et des bombardements. Des millions de familles ont été systématiquement déportées et exterminées et des millions de personnes ont été déplacées, sans abri ni ressources.
N’oublions pas aussi ces 35 millions de blessés qui ne sortirent jamais indemnes de ce conflit. N’oublions pas ceux qui furent à jamais privés d’un être cher, d’un parent, d’un ami, d’une âme sœur.
A Evreux même, dans une ville pourtant dépourvue de tout objectif militaire, la tragédie a frappé à notre porte.
Au début de l'après-midi du 9 juin 1940, une pluie de fer et de feu s’est brutalement abattue sur elle. En quatre raids successifs, se prolongeant jusqu'à la nuit, le centre ville a été rasé, onze hectares d'habitations détruits ou endommagés gravement, la cathédrale quasiment anéantie. La gare et la Chambre de commerce n’étaient plus que ruines fumantes. 560 morts, plus de 300 blessés !
Alors que les Ebroïciens abasourdis faisaient leur triste bilan, deux jours plus tard, dévalant par la côte Saint-Michel, les panzers se frayaient un passage dans les décombres qui brûlent encore. Pour Évreux, l'occupation commençait, les épreuves continuaient. Jusqu’à sa libération, le 23 août 1944.
Aujourd'hui, trois générations nous séparent de la fin du second conflit mondial ; et désormais, le 8 mai résonne en nous d’un son chaque année plus grave.
Car jour après jour, nous sentons que cette histoire pourtant si proche parait lointaine pour les jeunes générations ; le travail de mémoire n’en devient que plus impérieux.
Ce devoir, nous nous en acquittons aujourd’hui avec gravité et émotion.
Car nous sommes rassemblés en ce jour pour rendre hommage à la mémoire des disparus, ces femmes, ces enfants, ces hommes, que la mort a fauché de la plus ignoble manière.
Nous sommes rassemblés au cimetière Saint-Louis devant le monument commémoratif des Morts Pour La France afin de perpétuer le souvenir de celles et ceux qui se sont dressés contre la barbarie nazie au péril de leur vie.
Aujourd’hui, nous renouvelons ensemble le serment de combattre à jamais les résurgences de la bête immonde.
Mesdames et Messieurs les Anciens combattants,
Mesdames et Messieurs les Résistants,
Mesdames et Messieurs les Anciens déportés,
En ce jour solennel, vos pensées vont, je le sais, aux camarades qui ne sont pas revenus. Ceux-là n’entendirent jamais le doux son des cloches annonçant dans nos campagnes la fin de l’enfer.
Cette commémoration en rappellera à jamais la douloureuse absence.
Dans la mémoire des hommes rien ne dépassera jamais en horreur la tragédie qui frappa alors l’Europe.
Ce sont les leçons tirés de cette tragédie qui ont permis à l’Europe de connaitre la période de paix que nous connaissons aujourd’hui..
Grace au Président François Mitterrand, le 8 mai est redevenu depuis 1981 un jour férié et je m’en félicite. Parce que commémorer c’est se remémorer collectivement, une Nation doit lutter contre l’oubli pour assurer la continuité de son vivre ensemble.
Ce devoir de mémoire, nous le devons également à l’Europe. Car celle-ci s’est construite dans l’enthousiasme de l’après-guerre, les fondateurs trouvèrent dans le souvenir permanent de la Seconde Guerre Mondiale un motif impérieux pour surpasser les égoïsmes nationaux.
Scrutant un peu plus attentivement notre passé, peut-être retrouverions-nous un peu de cette foi nécessaire à tout bâtisseur de cathédrale…
Chers amis,
Bientôt, nous commémorerons ensemble le 70ème anniversaire du 18 juin à Evreux.
Ce moment fondateur de la conscience républicaine sera célébré dignement à Evreux.
J’ai voulu qu’une grande manifestation populaire puisse avoir lieu sur la place l’Hôtel de Ville. Ensemble, nous pourront ainsi nous joindre aux chœurs des enfants pour chanter le chant des partisans et la Marseillaise.
Ces chants de guerre rappelleront à tous que la liberté à un prix ; et que la victoire de la Liberté ne tient parfois qu’à l’enthousiasme des peuples libres.
Je vous remercie.
Le mercredi 26 mai à 20:08:37