La problématique agricole et le Grand Evreux Agglomération

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Discours de Michel Champredon FDSEA
Mercredi 17 février 2010

Monsieur le Président Lemétayer, Jean-Michel,
Monsieur le Président Hyest, Emmanuel,
Monsieur le directeur général,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,

En tant que Président d’une Agglomération, dont une bonne partie des communes demeurent à caractère rural, et qui comptent parmi ses habitants une partie non négligeable d’agriculteurs, je me réjouis de pouvoir m’exprimer devant celles et ceux qui, pour reprendre une expression commune, ont nourri et nourrissent encore aujourd’hui la France, mais également une bonne partie de la planète.
Et ce rôle nourricier pourtant essentiel, force est de constater qu’il n’est pas toujours rémunéré à sa juste valeur !

Depuis plusieurs mois en effet, comme pour l’ensemble de l’économie, une crise sans précédent traverse aussi le monde agricole : les revenus des agriculteurs ont chuté de 34 % en 2009, après une baisse de 20 % en 2008 !

Notre département de l’Eure, pas plus qu’un autre, n’est épargné par cette crise. Beaucoup d’agriculteurs de notre département sont confrontés, depuis plusieurs mois, à des difficultés croissantes. Je pense notamment à nos producteurs laitiers. Les chutes des prix vont de -20% à -50%, alors que les prix dans les rayons, eux, n’ont pas baissé…
Les conséquences, nous les connaissons : des revenus faibles et irréguliers, sur lesquels on continue pourtant de rogner, pour faire face aux remboursements et aux dépenses nécessaires pour demeurer toujours plus compétitifs…
Ce yo-yo permanent des ressources auquel sont confrontés nos agriculteurs n’est pas acceptable. Dans une société que des sociologues ont pu appeler la société salariale, car la grande majorité de la population a été, est ou sera lié par un contrat de travail salarié, les agriculteurs demeurent encore aujourd’hui privés de cette stabilité que permet un revenu assuré.
Cette incertitude sur les revenus se double aussi de l’insuffisance de revenu du ou de la conjointe. Permettez-moi de m’attardez un peu sur cette situation, qui a vu la représentation nationale en débattre il y a quelques semaines.
Car il ne faut pas oublier les conjoints et aides familiaux, qui ont participé avec énergie à l’essor agricole de notre pays, et qui ne touchent bien souvent que des montants de retraite extrêmement faibles, au regard des sacrifices consentis et par là même la reconnaissance à laquelle ils ont droit.
En 2007, le montant annuel moyen des prestations de retraite du régime de base s’élevait ainsi, d’après la Caisse centrale de la Mutualité sociale agricole, à seulement 3 859 € pour les conjoints, et à 656 € pour les autres membres de la famille.
En cela, le rejet il y a quelques semaines à l’Assemblée nationale d’une proposition du député de la Dordogne Germinal Peiro, de l’extension de la Retraite Complémentaire Obligatoire (RCO) aux conjoints et aux aides familiaux, est regrettable. Les retraites agricoles sont pourtant parmi les plus faibles dans notre pays, elles n’atteignent souvent même pas le minimum vieillesse.

* * *

Voilà un portrait rapide certes, mais, j’en suis conscient, assez noir du métier d’agriculteur !

C’est pourtant un beau métier dont il faut pouvoir vivre.

Face à l’ampleur des crises agricoles et des variations de revenus, c’est bien entendu le niveau européen qui peut donner une réponse.
Alors que la politique agricole de l’après 2013 risque de réduire considérablement les aides agricoles, c’est bien d’un changement majeur dont l’Europe et la France ont besoin dès maintenant. Le récent « appel de Paris pour une nouvelle régulation des marchés agricoles », lancé le 10 décembre dernier par notre ministre de l’agriculture, va dans le bon sens.
Mais n’oublions pas qu’il est dommage que cette initiative a été précédée par des mesures du gouvernement français qui ont confronté le monde agricole français à une concurrence qu’il ne pouvait pas soutenir, et qui explique aujourd’hui bien souvent l’instabilité des prix… N’oublions pas non plus l’adoption du bilan de santé de la PAC, consacrant ainsi un peu plus le marché au détriment de la régulation…

* * *

Alors, quel peut être le rôle des collectivités territoriales ?

Si nous ne pouvons pas influencer les prix de l’agriculture, ni les préférences des consommateurs, nous pouvons peser sur des orientations sur la qualité de vie des habitants du GEA, notamment en milieu rural.

Dans le contrat d’agglomération 2008 - 2011, plusieurs projets portent sur l’aménagement du territoire. Notre principe d’action, c’est densifier le centre-ville pour lutter contre l’étalement urbain. Pour des raisons écologiques bien sûr, mais aussi pour éviter le grignotage de terres agricoles par l’implantation de pavillons.

Notre engagement en faveur de la qualité de vie en milieu rural, s’exprime aussi via la valorisation et l’aménagement des centres-bourgs de l’Agglomération. Nous voulons favoriser un environnement favorable à l’exercice des activités commerciales, artisanales et de services publics, et le maintien de la population indispensable au dynamisme des communes rurales.

Dans cette même perspective de valorisation des espaces ruraux, j’ai signé il y a quelques semaines la charte forestière de territoire. Notre objectif : encourager la filière bois, améliorer le cadre de vie et prévenir les risques et les nuisances, en luttant par exemple contre le ruissellement et en protégeant la qualité de l’eau.

Par ailleurs, nous envisageons de déposer notre candidature pour un Pôle d’Excellence rural avec la Chambre d’Agriculture.

Mais, bien entendu, la protection de notre écosystème est l’affaire de tous ! Travailleurs de la terre, vous êtes à ce titre les premiers concernés par la préservation de ce patrimoine commun.

Alors que les agriculteurs ont souvent eu mauvaise presse en la matière, je sais les efforts consentis pour la préservation de l’environnement et la promotion du développement durable.

Ainsi, après avoir assuré l’indépendance alimentaire de la France tout au long du 20e siècle, vous aurez sans doute, pour ce nouveau siècle, la nouvelle mission d’en assurer la sauvegarde de ses paysages, de ses campagnes et plus généralement de son écosystème… tout en continuant bien sûr votre métier de producteurs ! Vaste programme.

Je vous remercie.