Installation officielle du correspondant local de la haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité

Partager

Michel Champredon
Maire d’Évreux
Président du Grand Évreux Agglomération
Vice-président du Département de l’Eure

Samedi 13 février 2010

Je suis très heureux de vous accueillir, pour procéder à l'installation officielle de Patrick de Rénac, correspondant local de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité.
Je veux remercier toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la création de cette permanence, qui est un instrument essentiel de l'égalité des chances ; notamment Nathalie Furnon, conseillère municipale chargée de la lutte contre les discriminations, qui a défendu ce dossier avec toute l’énergie que nous connaissons.
De l'abolition des privilèges le 4 août 1789 à celle de l'esclavage le 27 avril 1848, la République est née d’un combat pour l'égalité. Elle s’est ensuite imposée à travers de grandes conquêtes : l'éducation gratuite et obligatoire, la laïcité, le droit syndical et le droit de grève, la sécurité sociale.
L'égalité des chances c’est la reconnaissance du mérite de femmes et d'hommes issus de tous les milieux, y compris les plus modestes, du mérite de tous ceux également qui, au fil des générations, ont rejoint la France parce qu’elle symbolisait à leurs yeux, comme aux yeux du monde, un idéal de justice et de progrès.
A Évreux, comme ailleurs, nous sommes riches de notre diversité. Elle est au cœur de notre identité. Il faut garantir à chacun le respect de sa dignité et de ses droits - c'est tout le sens de la lutte contre les discriminations.
Les discriminations ne concernent pas seulement certaines catégories de la population. Les chiffres montrent que les matières où existent des discriminations sont, en dépit des vraies avancées réalisées en matière législative, encore multiples, et qu’elles y sont pratiquées sur des fondements divers. Il suffit de regarder la représentativité des femmes, des minorités, des handicapés, dans les conseils d’administration, dans l’encadrement des sociétés, dans les médias aussi. Nous sommes là face à un phénomène de société qui consciemment ou pas, de façon quasi réflexe, nous ramène sans cesse à ce modèle éternel « homme, blanc, valide ».
Les discriminations affectent un grand nombre de nos concitoyens en raison de leurs origines. La couleur de la peau, la consonance d'un nom ou d'un prénom, l'accent, voire une simple adresse, tous ces signes nourrissent trop souvent des comportements de rejet, irrationnels et destructeurs.
Elles touchent aussi tous les domaines de la vie. Elles stigmatisent les convictions politiques ou religieuses, l'orientation sexuelle, l'état de santé, l'âge, l'appartenance syndicale... Elles ferment l'accès à l'emploi, au logement, à la culture ou même tout simplement aux loisirs.
Les discriminations, même quand elles résultent de comportements non conscients ou involontaires, nourrissent l'incompréhension, le ressentiment, la révolte. Elles marquent l'individu au plus profond de sa dignité en portant atteinte au respect auquel chacun a droit.
Nous devons donc avoir face à ces comportements d’un autre âge une volonté personnelle, une volonté sociale et une volonté politique, sans faille. Nous devons les traquer sans relâche, partout et pour tous.
A travers vous, M. de Rénac, la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité a pour mission est d'aider les victimes à faire respecter leur dignité et à faire valoir leurs droits. C'est une mission essentielle pour que l'égalité des droits et des chances soit toujours une réalité dans notre ville, dans notre région et au-delà, dans notre pays.
Aujourd'hui encore, trop peu de victimes parviennent à faire reconnaître et réparer les discriminations dont elles sont l'objet. Les raisons qui expliquent cette situation sont nombreuses : méconnaissance des procédures, difficulté à constituer des preuves, et même, peur d'une stigmatisation supplémentaire.
Quand un CV est écarté en raison de l'origine, de l'âge ou tout simplement de l'adresse du demandeur ; quand un postulant à un logement est rejeté à cause de son nom ; quand un jeune se confronte à un refus d’entrer dans une boîte de nuit à cause de la couleur de sa peau ; quand une personne homosexuelle est privée d'une promotion pour la seule raison qu'elle est homosexuelle ; quand une femme est moins payée pour un travail équivalent que son homologue masculin, la HALDE peut devenir leur recours. Il faut que chacun le sache et ait le réflexe de la saisir, parce qu’elle est là pour accompagner, conseiller et permettre à la victime d'une discrimination d'obtenir réparation ou justice.
Monsieur de Rénac, vous avez une tâche lourde et supérieure à remplir, celle de faire progresser l'égalité des chances dans notre société. Je sais que vous ne décevrez pas les attentes qui ont été placées en vous : faire évoluer les esprits, contribuer à changer les mentalités, en permettant de mieux appréhender les phénomènes de discrimination, que celle-ci soit directe ou indirecte.
Les discriminations n’expriment que l'ignorance et la bêtise. Elles traduisent le refus de la différence et le rejet de l'autre. Tous, entreprises, collectivités locales, nous avons le devoir de les repérer, de les combattre sans relâche et de veiller au respect, en toutes circonstances, de la dignité de chaque personne humaine.
La ville d’Évreux et le Grand Évreux Agglomération se sont engagés activement dans la lutte contre les discriminations, avec la mise en place d’une charte de la diversité qui sera signée à l’occasion de la Fête de la Fraternité et de l’Égalité, en juin, et qui reprendra les grands principes préconisés par la HALDE en matière de gestion de ressources humaines dans les collectivités territoriales. Je souhaite également qu’une clause éthique soit désormais intégrée à tous nos marchés publics.
Car l'égalité n'est pas un principe gravé une fois pour toutes dans le marbre. C'est une exigence moderne qu'il faut sans cesse affirmer et enrichir, même défendre parfois. De sa vitalité dépend celle de notre contrat social.
Je suis sûr que vous saurez, M. de Rénac, par votre action, incarner pleinement cette conception d'une égalité en action, au service des valeurs qu’ici nous partageons tous, au service de l’ensemble de nos concitoyens.
Je vous remercie.