LA REMISE OFFICIELLE DU LOCAL AU COMITE DE SOUTIEN D’URGENCE HAÏTI

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Michel Champredon
Maire d’Evreux
Président du Grand Évreux Agglomération
Vice-président du Département de l’Eure

Vendredi 12 février 2010

Le 12 janvier dernier, le pire désastre naturel survenu aux Amériques, une secousse de magnitude 7, a brisé, en quelques minutes, les vies des 9 millions d'habitants d’Haïti.
A 16h53 locales, le peuple Haïtien était victime d’un cataclysme qui a rapidement entraîné une catastrophe humanitaire. Personne ne bougeait ou presque. Un énorme silence était tombé sur la ville Chacun essayait d'imaginer où pouvaient se trouver ses proches. Car lorsque le séisme s'est produit, la capitale, Port-au-Prince était en plein mouvement : les élèves rentraient de leurs cours, les gens faisaient leurs dernières courses avant de rentrer et il y avait des embouteillages.
Haïti avait déjà été frappé en 2008 par une série d'ouragans qui avaient fait plus de 800 morts, un million de sinistrés et détruit près de 100 000 maisons.
Avec le tremblement de terre en Haïti, la nature a semblé s'acharner avec une terrible cruauté sur l'un des pays les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète : près de 80% des 9 millions d’Haïtiens vivent avec moins de deux dollars par jour.
Témoins impuissants devant nos écrans de télévision, nous avons vu les images de ces survivants écrasés sous les décombres, de ces enfants blessés, de ces personnes cherchant les disparus ou pleurant leurs morts, tous demandant de l’aide. Nous avons aussi vu la mobilisation internationale s'organiser, réagir face à l'urgence de sauver des vies humaines et de rétablir des conditions sanitaires minimales.
Alors que ces images nous donnaient un sens précis de l’étendue de la tragédie, mieux que quiconque ne pourra jamais la raconter, nous avons aussi été, les jours suivants la catastrophe, mis devant la sécheresse des chiffres et face à un terrible décompte, qui chaque jour nous a fait connaitre un peu plus l'ampleur du désastre et de ses effets décuplés par la misère.
Aujourd'hui encore, le nombre exact de victimes est inconnu mais on évoque plus de 200 000 morts. Les organisations humanitaires avancent également les chiffres de plus de 3 millions de personnes en détresse, de 2 millions d'enfants et d'adolescents se retrouvant orphelins et d’1 million d'Haïtiens sans abri.
Si des milliers d'Haïtiens vont ainsi porter dans leur chair le souvenir de la journée du 12 janvier, le bilan matériel est lui aussi catastrophique, à l'image saisissante du palais présidentiel effondré comme un château de cartes. Dans les trois villes les plus touchées, Port-au-Prince, Jacmel et Léogâne, la moitié des maisons ont été détruites.
Aujourd’hui, la crise n’est plus une nouvelle dans les médias. Aujourd'hui, même si elles sont encore très présentes dans nos mémoires, les images ont presque disparu des écrans de télévision.
Pourtant, cette catastrophe « hors norme », privant les gens de tout, aura des conséquences désastreuses. Elles représenteront, pour le peuple haïtien, pendant très longtemps, un combat de tous les instants. Un combat contre la maladie, la souffrance, la faim, la soif, la mort. Un combat contre les conditions environnementales. Un combat pour tenter de retrouver la dignité humaine.
Quand l’urgence aura été traitée, lorsqu’un semblant de normalité aura été rétabli, la tragédie ne sera pas pour autant terminée. Des villages entiers ont été emportés, les écoles, les bâtiments publics, les maisons, les cliniques ont été détruits. Tout est à rebâtir.
Il y a quelques jours, le président haïtien René Préval a appelé les Haïtiens à faire preuve de "solidarité", de "patience" et de "discipline" face aux lenteurs de la distribution de tentes et de nourriture." Il a également salué la population qui s'est montrée calme et digne malgré l'exaspération et le désespoir.
En effet, comme dans toutes les grandes catastrophes, il y a l'Histoire qui retiendra ce séisme majeur et les histoires, individuelles, en l'occurrence le destin de ces sinistrés sortis indemnes de sous les décombres.
Alors qu’on estime que la reconstruction de leur pays pourra prendre au moins une dizaine d'années, les Haïtiens ont désormais besoin du soutien solide, solidaire et durable de la communauté internationale. Et je souhaite que cet élan de solidarité mondiale soit l'occasion d'un tournant dans l'histoire d'un pays qui doit trouver un régime politique et économique viable et ne saurait être condamné à une quelconque malédiction. Personne ne peut encore dire combien coûtera la reconstruction d'Haïti, même si le chiffre de 10 milliards de dollars est avancé. Et c'est toute une vision globale d'aménagement qu'il faut définir parce que tout l’enjeu pour Haïti sera de ne pas reconstruire à l’identique et de prendre en compte les normes parasismiques.
La ville d’Evreux, le conseil général de l’Eure, les associations et les habitants se sont mobilisés pour venir en aide aux sinistrés. Les manifestations de solidarité sont nombreuses et on ne peut les citer toutes.
Le chœur Ars Viva-Puy de musique a donné un récital le 30 janvier dernier à la Cathédrale d'Évreux au profit des victimes du séisme. Les militaires de la base d'Evreux se sont également mobilisés pour Haïti. Depuis le 16 janvier, 2 militaires de la base aérienne d'Evreux ont rejoint l'état major interarmées à Fort-de-France, en Martinique.
Le 19 février à 20h30, une manifestation dont les bénéfices seront reversé à la Croix Rouge est organisée salle Jules Janin par le théâtre d’Arnières. Le 26 février prochain, un grand concert de solidarité est aussi organisé par le Chœur Freedom d’Evreux et dont les bénéfices iront à la Fondation de France pour Haïti.
Le Conseil municipal a également voté une aide exceptionnelle de 4 000€. Le Comité de soutien d'Urgence Haïti d'Evreux s’est constitué et à sa demande, la ville a mis à sa disposition ces locaux. Jean Louis Destans, le président du Département a tout de suite accepté de mettre à sa disposition tout le matériel informatique et le mobilier de bureau nécessaire à son action.
Ces locaux ont été choisis pour réagir face à cette situation d’urgence. S’il doit être pérennisé, je compte sur vous, M. Nazon, pour faire part en toute transparence aux élus et aux habitants de la destination des dons que le comité d’urgence va recevoir, pour que des projets viables, crédibles et utiles à la population haïtienne soient montés.
Mais à cet instant, mes pensées vont vers les nombreuses victimes de cette catastrophe et vers leurs familles pour leur exprimer, au nom de tous les Ebroïciens, ma profonde solidarité.
Je souhaite que ce message traverse les distances qui nous séparent pour dire à nos amis d’Haïti, que leur peine est notre peine, que nous nous tenons à leurs côtés, que nous ne les oublierons pas.