Allocution sur Ligne Nouvelle Paris Normandie (LNPN)

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Ligne Nouvelle Paris Normandie (LNPN)
Mardi 20 septembre 2011 – 10h00


La dernière ligne droite. Bientôt le grand débat, bientôt le choix. Le président d'agglomération que je suis en dehors de cette enceinte est fier du chemin parcouru. Au début, l'Eure, pas simplement Evreux, avait été rayée d'un trait de plume pour placer Le Havre à une heure de Paris, en oubliant également Rouen au passage.
Puis ce fut la mobilisation départementale, mais aussi Ebroïcienne parce que la capitale du département ne pouvait être absente de ce débat. Nous avons avancé, main dans la main, avec chacun en tête l'intérêt de son territoire, mais surtout l'intérêt général.
C’est la raison pour laquelle nous avons commandé une étude à Antoine Grumbach et au cabinet Arte Charpentier Architectes qui ont structuré et crédibilisé notre scénario.

Ce fut aussi, dès le début de la réflexion, la mobilisation des chefs d’entreprises et des compagnies consulaires. Cette mobilisation s’est traduite par la création de l’association Eure Normandies +  et l'ouverture au monde économique de ce sujet important, ce qui nous a apporté collectivement la prise en compte de l'importance du fret ferroviaire, l'idée du « x » qui en fit sourire certains, mais qui fait aujourd'hui partie des trois dernières hypothèses.

L'hypothèse d'Evreux elle-même, je m'en souviens, était, si ce n'est dérangeante, du moins parfois irritante, le coût objectait-on, le temps, entendais-je. Mais les pièces du puzzle se mettaient en place.
Notre scénario offrait également l'avantage de relier Rouen à Evreux, lien indispensable s'il en est, que l'on soit un défenseur du développement durable pour favoriser les transports collectifs, ou plus simplement attentif à la situation économique et sociale et à l'aberration que constitue cette absence de ligne.

Notre scénario s'inscrit dans la logique de la création de la nouvelle gare de Rouen, dans la création d'une gare sur le territoire de Louviers Val de Reuil, il n'ignore pas Bernay et ses environs, et enfin il permet le lien avec nos amis bas-normands, avec Caen, Lisieux, et Cherbourg.

Un mot quand même sur la prise en compte du fret ferroviaire, du lien entre le port de Rouen et le grenier à blé de la Beauce, qui constituent également l'ouverture d'un axe économique de potentialités à développer demain.



Le scénario B ouvre de vastes réserves foncières pour le développement économique : plus de 650 hectares, et pour le logement + de 500 hectares, nous connectons Paris à un territoire dont la main d'œuvre est l'une des plus qualifiées de l'ouest parisien.

En terme de logistique, connexions encore, non seulement pour l'agro-alimentaire, mais aussi pour Nov@log, Normandy Packaging, Cosmetic Valley, et les plateformes multimodales dites « Seine Gateway », sans oublier que cela contribue à alléger le trafic fret très dense en région parisienne, tout en reliant les pays du nord de l'Europe à la péninsule ibérique !

À l'heure où la crise économique n'a pas fini de frapper, au moment où les incertitudes deviennent menaçantes, il est de notre devoir d'élu de penser à demain, de mettre en place les infrastructures qui nous relient économiquement aux grands axes marchands.

Le scénario B met en valeur les territoires d'Evreux, Louviers – Val de Reuil, Gaillon, Vernon et Pacy-sur-Eure qui forment, comme l'a démontré l'étude que nous avons commanditée auprès des cabinets Arte et Charpentier / Grumbach, un véritable système éco-urbain équivalent en densité à Caen. Ce territoire est dynamique, et même démographiquement le plus dynamique des deux Normandies avec un taux de croissance de +3,65% entre 1999 et 2007. Son poids économique équivaut à celui du Havre (10.821 entreprises contre 9.227, et 107.378 emplois contre 103.894).

C'est une opportunité formidable, nous estimons en 20 ans qu'un potentiel de création de près de 10.000 emplois durables est envisageable. Comment ? En optimisant les liaisons Le Havre – Rouen – Evreux – Chartres – Orléans, qui profitera aux pôles de compétitivité Pharma Valley et Cosmetic Valley, mais aussi en mettant Novalog et Normandy Packaing au cœur des flux européens.

Bientôt le grand débat public, après ceux qui ont eu pour sujet l'axe Seine. L'étude que nous avons commandée démontre l'existence d'une vaste zone urbaine, un triangle Vernon – Louviers – Evreux, poumon économique de notre département, que nous devons renforcer, non pas au détriment des autres, mais pour le bien commun. C'est de cette zone que l'emploi et l'excellence peuvent irriguer l'ensemble de notre département, de nos territoires. Placé au cœur des pôles de compétitivité et d'excellence, ce territoire éco-système urbain verra avec l'arrivée d'un réseau ferré moderne et concurrentiel une accélération de sa croissance, bénéfique à l'Eure mais aussi aux deux Normandies.


L'environnement

Je pense également à l'environnement, au futur, le scénario B préserve le corridor écologique majeur de la Vallée de la Seine et notamment les zones Natura 2000, il minimise les prélèvements sur les terres agricoles, il réutilise des infrastructures déjà existantes.

En matière de fret, c'est un potentiel de 650.000 tonnes par an transportées, en diminuant les coûts d'exploitation, en améliorant la compétitivité (de 14€ par tonne transportée, à 7,5 €), de ce fait cela diminue de 50% les gaz à effets de serre, la consommation de carburants (500 trains, alors qu'il faut 30.000 camions actuellement...), pour un coût que l'on peut qualifier de raisonnable : 365 millions d'€ pour le ferroutage de vrac, et 100 millions de plus si l'on veut électrifier pour le passage des containers.

Selon le dossier technique du maître d'ouvrage (Réseau Ferré de France), un tableau présente notre scénario avec des risques « forts », et modérés  pour le scénario A. Je m'étonne d'une telle présentation. Nous évitons le corridor de la Seine, nous réduisons les franchissements et les prélèvements sur les terres agricoles.

Le coût

Notre scénario permet techniquement le transport de voyageurs et le passage du fret, optimisant ainsi les coûts ! Parce qu'il est le moins coûteux des scenarii, grâce à la synergie avec les coûts prévus de la liaison Evreux-Rouen actée au schéma régional des infrastructures de transports, et préfinancée dans le cadre du contrat de projet Etat-Région, mais aussi parce qu'il réutilise des infrastructures existantes.

L'une des leçons de l'exercice qui nous fut imposée a été de nous unir pour préparer l'avenir de notre territoire. Il reste des questions en suspens, et notamment le financement, combien l'Etat pourra-t-il mettre dans la tirelire ?

La Région a déjà annoncée la création d'un fonds, mais nous le savons bien, ce projet, sa réalisation dépendront également de la contribution de l'Etat. Peut-on imaginer qu'après avoir annoncé cette ligne, et le Grand Paris comme des priorités stratégiques, l'Etat se désintéresse de sa réalisation faute de moyens ?

Nous sommes les moins chers, il faut le dire et le répéter a l'envi !

Cohésion et complémentarité

Nous avons rédigé des cahiers d'acteur, l'agglomération d'Evreux, Monsieur le Président, souhaite pour sa part être associée à celui du Département, et j'espère qu'il en sera de même pour le Département avec celui du Grand Evreux Agglomération. Nous devons nous montrer unis, soudés, déterminés pour que l'Eure soit l'un des gagnants de cette ligne nouvelle.

Le quotidien des usagers

Cela paraît bien lointain, et pendant ce temps les problèmes subsistent notamment sur la ligne Paris – Evreux – Caen que le Président de la SNCF a déclaré comme étant une ligne « malade ». Nous avons eu, avant les vacances, un moment de communication à Caen, j'espère qu'il sera suivi d'avancées concrètes. Je sais que les travaux en cours dans le Mantois sont essentiels à une meilleure régularité, qu'ils permettront demain d'assurer la régularité des horaires, et mettre fin aux retards, et désagréments que les usagers subissent quasi-quotidiennement.
J'insiste sur cette incidence, car il me paraît essentiel de ne pas oublier les milliers d'usagers quotidiens qui sont parfois pénalisés par des infrastructures vieillissantes. Et ce n'est pas parce que nous parlons d'avenir qu'il faut perdre de vue le quotidien aujourd'hui.

Nous sommes en finale. Nous n'avons pas encore gagné. Il nous reste à réussir le rendez-vous des débats organisés par la Commission nationale du débat public. À nous de nous montrer présents, unis, déterminés. Montrons le prix que nous attachons à réussir dans ce dossier, sans laisser personne au bord du chemin.

Monsieur le Président, « l'union fait la force » dit la devise, il est des sujets qui méritent de dépasser les égoïsmes dont nous pouvons parfois faire preuve. Il est des sujets qui exigent que nous sachions parler d'une seule voix, je suis intimement convaincu que la ligne nouvelle fait partie de ceux-là, parce qu'il en va de l'intérêt de tout notre département.

Nous devons être nombreux à Evreux, le 20 octobre pour le débat local qui aura lieu au Cadran, mais aussi le 12 janvier pour le débat ayant pour thème les enjeux agricoles et environnementaux. Organisons-nous, montrons collectivement notre présence, affirmons notre identité, mobilisons-nous pour que notre département soit irrigué non seulement par la Seine, mais également par la ligne nouvelle, pour que nous soyons présents demain encore dans les grands flux économiques et commerciaux.

C’est cet état d’esprit mobilisateur qui a guidé les membres d’Eure Normandies +, hier, lundi matin, lorsque nous avons distribué des documents d’information sur le projet LNPN aux usagers de la SNCF.

Avançons ensemble, démontrons que nous tenons à la réussite de ce projet pour notre région, notre département.

Michel Champredon