Dimanche 24 août 2008
64ème Anniversaire de la Libération
60ème anniversaire de la remise de l’Ordre de l’armée avec attribution de la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre avec palme
Il y a 64 ans, les bombardements et l’occupation de notre ville cessaient.
Evreux avait subi ses premiers bombardements dès l’été 1940. Il s’en trouve plusieurs parmi nous qui se souviennent de ce mois de juin où Evreux connut un véritable déluge de feu. Dès le début de l'après-midi du 9 juin précisément, une pluie de fer et de flammes s’est abattue brutalement sur notre ville. Elle n’était pourtant pas un enjeu majeur, dépourvue du moindre objectif militaire. Mais en 48 heures, 6 bombardements de la Luftwaffe ont dévasté le centre-ville. 11 hectares d'habitations ont été détruits, gravement endommagés, la cathédrale fut quasiment anéantie, la gare et la Chambre de commerce n’étaient plus que ruines. Seule subsistait alors la tour de l'Horloge.
Au moins 350 morts, des centaines de blessés !
Très tôt, Evreux a dû faire face au traumatisme de la destruction. Les Ebroïciens, abasourdis ont dû dégager les ruines, déblayer les décombres qui brûlaient encore, reconstruire alors que les attaques se poursuivaient.
Deux jours plus tard, l’armée nazie entrait dans la ville, et commença alors la longue période de l’Occupation qui allait durer 4 ans.
4 années avant qu’enfin, le 6 juin 1944, ces quelques vers de Verlaine, si célèbres aujourd’hui, « les sanglots longs des violons de l’automne, bercent mon cœur d’une langueur monotone », lancés sur les ondes, fassent naître à nouveau l’espoir en annonçant le débarquement imminent des troupes alliées. Jour d’espoir, certes, car nous avions immédiatement la certitude que l’occupant partirait. Jour de deuil également, car au prix de combien de vies humaines cette liberté serait retrouvée ? Mais la certitude que les années sombres allaient disparaître, que la fin du cauchemar était inéluctable souleva un vent d’espérance. Le message fut relayé et les chefs de la Résistance de l’Eure, Baudot-Breteuil, Chavalor et Catalan, rassemblèrent leurs forces.
Dans cette Résistance euroise, le commandant Breteuil (Marcel Baudot) dirigeait toute l’infrastructure régionale avec le concours de Robert Catalan envoyé de Londres, Stouls, Gaétan Lesage, Hermier et Lucien Vochel, que nous avons l’honneur et le plaisir de compter parmi nous aujourd’hui.
Le 22 août 1944, une colonne américaine fut signalée à Saint-André-de-l’Eure. A 16h30, l’hôpital d’Evreux arborait un grand calicot à l’inscription anglaise « hospital ». Dans la soirée, l’armée allemande se replia. Elle fit sauter les ponts du Bois-Jollet, du Faubourg Saint-Léger et de Cambolle.
Cette même soirée, une jeune garçon de 15 ans, Pierre Bertin, bravant les dangers, apportait au maire d’Evreux, Raymond Thierry, un message du général américain Hobbs. Ses mots étaient simples : « Les troupes américaines sont aux portes de la Ville. Evreux peut tomber sous le feu de notre artillerie d’un moment à l’autre. (…)Nous ne voulons pas détruire Evreux. (…) En conséquence, dans le but d’éviter la destruction de votre ville historique, la seule chose que nous vous demandons est de faire évacuer totalement la ville d’Evreux de toutes troupes ennemies, ceci devant être complété avant l’aube, le 23 août 1944. (…) L.S. Hobbs, Général de division USA, commandant les troupes américaines ».
Le secrétaire de mairie d’Evreux, Lucien Vochel s’est emparé du message afin de préparer, avec Raymond Thierry, la réponse aux Américains précisant qu’il n’y avait plus de troupes allemandes à Evreux.
C’est 7 à heures, le matin du 23 août, que les troupes américaines sont entrées victorieuses dans Evreux. Les Forces françaises commandées par le Commandant Baudot-Breteuil, ont alors pris possession de la Préfecture, avec Edmond Cornu, comme Préfet de la Résistance.
Les Ebroïciens, d’abord incrédules, ont accueilli les troupes libératrices à bras ouverts.
Evreux était enfin libre.
Entre le 20 et le 29 août, l’ensemble du département de l’Eure fut libéré.
La libération des villes normandes marque le début de la fin de la seconde Guerre Mondiale en Europe, l’issue de l’une des périodes les plus sombres de notre histoire.
Evreux sera mise à l’honneur en recevant la visite du Général de Gaulle et de Pierre Mendès-France le 8 octobre 1944.
Le 8 mai 1945, la guerre est officiellement terminée. Le 18 mai 1945, le Maire d’Evreux, Georges Chauvin, est de retour des camps de concentration.
Et en 1948, il y a 60 ans exactement, Evreux était citée à l’Ordre de l’armée avec attribution de la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre avec palme pour sa large contribution dans la lutte contre l’occupant, pour les hommes et les chefs donnés à la Résistance, pour ses blessures, pour ses ruines, pour ses deuils, pour ses héros de la lutte clandestine, pour ses nombreuses et glorieuses victimes.
En ce jour, nous rendons hommage et nous perpétuons le souvenir de tous ceux et celles, qui ont combattu et sont morts au nom de la liberté, mais aussi de toutes les victimes de cette tragédie sans pareille.
Souvenons-nous de ces militaires américains, anglais et canadiens qui vinrent mourir sur nos plages normandes dans le petit jour d’un matin de juin.
Souvenons-nous de l’action héroïque de la Résistance, de ceux à l’image de ces hommes partis porter le message au commandant Hobbs pour sauver Evreux, de Lucien Vochel et de Pierre Bertin ici présents, de Georges Chauvin, rescapé des camps de concentration, de vous, Anciens combattants, Résistants de la première heure, qui nous ont permis d’être ici présents et libres en donnant leur vie ou en la risquant.
Au nom de la ville d’Evreux, je tiens aussi à remercier la Ville de Grenoble, notre Marraine, qui dès 1942 alloua des aides financières et matérielles afin de permettre à Evreux de se relever, de se reconstruire. Le maire de Grenoble, Michel Destot, retenu par des engagements pris ultérieurement, ne peut malheureusement pas être présent avec nous aujourd’hui. Croyez bien qu’il en est désolé et nous adresse ses meilleurs sentiments.
* * *
Nous ne pouvons évoquer cette époque, sans penser à notre présent à travers deux évènements :
- La mort des soldats français cette semaine en Afghanistan. Quel que soit notre sentiment sur ce conflit, nous leur devons le respect pour le courage dont ils ont fait preuve, et nous saluons leur valeur et leur famille.
- C’est évidemment l’occasion de saluer les vertus de la construction européenne qui a permis 60 ans de paix sur notre vieux continent. Je rentre d’ailleurs à l’instant de Rüsselsheim, ville allemande avec laquelle nous sommes jumelés. Comment ne pas évoquer l’amitié franco-allemande indéfectible depuis 45 ans ? Rappelons-nous qu’elle a débuté en 1963: le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer signèrent alors le traité de l'Élysée pour que la coopération franco-allemande devienne une réalité quotidienne. Depuis beaucoup de villes, d’écoles, de régions, d’universités sont jumelées. Evreux a d’ailleurs été précurseur en signant le 30 avril 1961 la charte de jumelage entre Evreux et Rüsselsheim, entre les maires Walter Köbel, maire de Rüsselsheim, et Armand Mandle, maire d’Evreux.
Cette journée de recueillement mais aussi de fête et de joie, est l’occasion pour chacun d’entre nous de rappeler notre attachement à la liberté et aux droits de l’homme, ainsi que notre reconnaissance à tout ceux qui ont combattu pour cette cause.
Par notre présence aujourd’hui, nous voulons également réaffirmer notre attachement aux valeurs de la République qui se résument dans sa devise : liberté, égalité, fraternité.
Puissent les générations futures se souvenir pour que « plus jamais ça ! ».
Vive la liberté !
Le vendredi 08 janvier à 15:05:36