Cette année nous commémorons pour la première fois la fin de la première guerre mondiale en l’absence de tout acteur, de tout témoin survivant de ce conflit mondial.
Lazare Ponticelli, le dernier des poilus, nous ayant quitté, c’est à nous que revient maintenant la lourde charge du souvenir et de transmettre aux jeunes générations le flambeau de l’hommage à ces valeureux disparus.
Valeureux ils l’étaient, pour supporter la vie, la survie devrais-je dire, dans les tranchées de la Somme ou du chemin des dames dans l’Aisne.
Ces Héros qu’ils viennent d’Amérique, d’Australie, d’Afrique, de chine ou d’Europe ont tous vécu le même enfer dans la boue, le froid, la faim et la peur.
Car rappelons-nous que cette première guerre du siècle était une guerre de tranchée, de corps à corps ; de jour comme de nuit les belligérants d’hier étaient si proches, qu’ils pouvaient s’entendre, qu’ils communiquaient entre eux et que parfois même en de très rares mais précieuses occasions ils fraternisaient.
Nous avons tous en tête ces témoignages d’échanges de cigarettes, de chocolat, de saluts d’une tranchée à l’autre de soldats qui en réalité étaient des Hommes et non des machines.
Des Hommes qui au delà des conditions pitoyables de cantonnement se sont battus parfois au prix de pertes incroyables pour quelques mètres de crête.
Des Hommes qui ont subi les absurdités de la guerre et de ceux qui les envoyaient à la boucherie
Souvenons nous que cette guerre, la « der des der » a provoqué un bilan humain cataclysmique de 9 millions de morts (soit 6 000 morts par jour de conflit) et d’environ 8 millions d’invalides.
La France à elle seule a compté parmi les siens 1 million et demi de tués soit 10 % de la population active masculine.
A Evreux, deux pans entiers des murs de l’escalier qui vous ont mené à cette salle suffisent à peine pour supporter la liste des disparus morts pour la France. Imaginez donc que 541 Ebroïciens sont tombés au champ d’honneur.
Des Hommes donc qui de retour chez eux handicapés, gazés et tous profondément meurtris psychologiquement n’ont pu parler de cette guerre.
Des Hommes qui 90 ans après l’armistice méritent que le souvenir de leurs sacrifices ne s’éteigne pas ; certains y pensent.
Un rapport officiel suggère que 11 jours fériés par an seraient trop et que l’on pourrait aisément commencer par supprimer les jours d’hommage aux disparus des guerres.
Poser le sujet de cette façon ne peut que susciter l’opposition. Il faut réfléchir aux formes plus populaires d’assurer le devoir de mémoire.
C’est à ce titre que j’ai sollicité les directeurs d’écoles pour proposer qu’à chaque commémoration officielle une classe soit particulièrement sensibilisée à cet évènement et y participe.
Car je l’ai dis en commençant mon propos c’est à nous maintenant de maintenir vivant le souvenir de nos courageux aînés, quel que soit le camp dans lequel ils figuraient.
Ils se sont battus pour une certaine idée de la liberté de leur patrie et à ce titre nous leur devons respect et souvenir.
Même s’il s’agissait d’une guerre qui était celle non des Etats mais celle des intérêts financiers et des puissants industriels.
Pour pouvoir dire : “ plus jamais ça” il est nécessaire de savoir quelles atrocités s’y rapportent.
Souvenons nous donc et transmettons à nos enfants ces valeurs de courage et d’héroïsme, qui ont meurtri mais aussi forgé notre pays.
Oublier serait trahir et nous ne le voulons pas.
Le vendredi 08 janvier à 14:59:20