Journée Nationale des Déportés

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Dimanche 27 avril 2008

Monsieur le Préfet,

Mesdames et Messieurs les Élus,

Il y a 64 ans, les Alliés libéraient les camps de concentration et d’extermination. Au paroxysme de l’horreur, le monde découvrait l’entreprise barbare du régime nazi.

Permettez-moi de rappeler ces chiffres monstrueux que vous connaissez tous mais qu’il est important de citer tout particulièrement aujourd’hui : en Europe, 6 millions de juifs ont été déportés, torturés, exterminés. En France, 76 000 hommes, femmes et enfants ont été déportés vers les camps d’extermination parce qu’ils étaient juifs (seuls 3 % sont rentrés en 1945) et 86 000 hommes et femmes ont été déportés vers les camps de concentration comme opposants, résistants ou otages (environ 50 % sont rentrés en 1945).

C’est leur souvenir qui nous réunit tous aujourd’hui, en ce dernier dimanche d’avril. Il est de notre devoir de leur rendre un vibrant hommage et de saluer, avec le plus grand respect, leur sacrifice et leur courage.

Malgré la honte de la collaboration servile du gouvernement de Vichy, ainsi que celle de certains de nos compatriotes qui ont livré aux mains des nazis tant d’innocents, bafouant ainsi l’honneur de notre pays outragé et meurtri, n’oublions pas cette France combattante et résistante, ces courageux compatriotes qui ont pris d’immenses risques pour défendre la liberté.

En montant les marches qui mènent à cette salle, peut-être avez-vous prêté attention à la plaque qui rappelle le nom des maires d’Evreux et à la stèle qui rend hommage à tous les déportés, et en particulier ceux du camp de Buchenwald.

Sur la plaque, on trouve le nom de Georges Chauvin. Qu’il me soit permis aujourd’hui de vous rappeler une partie de la vie de ce grand homme, ancien maire d’Evreux, ancien sénateur de l’Eure, officier de la Légion d'honneur, Croix de guerre 1914-1918 et titulaire de la médaille de la Résistance.

Lors de la signature de l'armistice entre la France et l'Allemagne, en juin 1940, Georges Chauvin est maire d'Evreux depuis 1936. Son hostilité marquée au régime de Vichy lui vaut d'être destitué de son mandat dès le mois de septembre 1940, parmi les premiers élus touchés par cette mesure.

Résistant de la première heure, il finit par être arrêté comme otage en juin 1944 ; il est alors déporté, d'abord à Neuengamme, puis à TheresienStadt.

A son retour en France, en mai 1945, il est réélu maire d'Evreux, mandat qu'il conserve jusqu'aux municipales de 1947. Membre actif du comité départemental de Libération de l'Eure, il se présente dans ce département comme tête de la liste radicale-socialiste – juste derrière lui on trouve Pierre Mendès France – aux élections du 21 octobre 1945 à la première Constituante. Dans cette Assemblée, Georges Chauvin, siège à la Commission de la justice, et participe à la discussion sur l'institution d'une Haute cour de justice.

A partir de 1946, membre du groupe du Rassemblement des gauches républicaines, il siège à la Commission de la reconstruction où il dépose une proposition de loi sur les dommages de guerre. Il a été de ceux qui ont participé et favorisé la rédaction de la loi du 6 août 1948 – dont nous célébrons cette année le soixantième anniversaire – qui fixe le statut des déportés et internés résistants et qui déclare, dans son article premier : « La République française reconnaissante s'incline respectueusement devant la mémoire des martyrs de la barbarie nazie et fasciste qui ont contribué à sauver la Patrie, salue leurs familles et rend hommage aux rescapés de la Résistance dont elle proclame les droits ».

Notre ville manifeste aujourd’hui, comme elle a su le faire hier, son attachement à la défense des valeurs fondamentales de notre République.

Alors que partout dans le monde personne ne remet en cause la nécessité d'être vigilant, il arrive trop souvent que la communauté internationale reconnaisse mais un peu tard des déplacements massifs de populations qui donnent toujours lieu à des tragédies humaines. Souvent, nous savons et nous n’avons pas le droit de feindre l’ignorance.

L’histoire nous donne des leçons que certains encore aujourd’hui – pour ne pas dire avant-hier – s’acharnent à souiller. Pour que le temps qui passe ne soit jamais synonyme d’oubli, parce que dans quelques années, les rescapés des camps ne seront plus là pour témoigner, il appartient aux jeunes générations de se rappeler cette effroyable tragédie et de perpétuer ce devoir de mémoire.

Ce matin, avec tous les survivants de l’horreur absolue, ici présents, avec les descendants de tous ceux qui aujourd’hui reposent sans sépultures, unis dans la même émotion et dans le même recueillement, nous voulons penser aux milliers d’hommes et de femmes qui, sans aucune considération d’âge, de condition physique ou mentale, de convictions politique ou religieuse, ont été exécutés.

Nous le faisons parce qu’il ne faut « plus jamais ça » !