Discours du 8 mai

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Le 8 mai 2008

Chers amis anciens combattants,

Chères Ebroïciennes, chers Ebroïciens,

Chers collègues,

Nous voici rassemblés aujourd’hui pour célébrer le 62ème anniversaire de la victoire des alliés sur le régime totalitaire nazi et la barbarie. Le 8 mai 1945 marque la fin de la seconde Guerre Mondiale en Europe, l’issue de l’une des périodes les plus sombres de notre histoire.

En ce jour, nous rendons hommage et nous perpétuons le souvenir de tout ceux et celles, venus d’horizons et de pays différents, qui ont combattu et sont morts au nom de la liberté, mais aussi de toutes les victimes de cette tragédie sans pareille.

Ce second conflit mondial est un traumatisme sans précédent pour le monde. Il est avant tout marqué par une véritable hécatombe démographique : plus de 50 millions d’êtres humains périrent pendant cette sinistre époque, soit de 6 à 7 fois plus que pour le premier conflit mondial. Aux victimes militaires des combats s'ajoutent les pertes civiles dans les bombardements, et bien sûr les victimes des génocides. A ces chiffres doivent s'ajouter 35 millions de blessés et plus de 3 millions de disparus

Une guerre totale dans laquelle les belligérants ont jeté toutes leurs forces, une guerre technologique et industrielle qui a entraîné une augmentation considérable de la puissance de feu et des capacités de destruction, symbolisées par la bombe atomique utilisée par deux fois contre le Japon en 1945.

L'ampleur des pertes civiles est certes liée aux caractéristiques de la guerre-éclair qui a surpris les pays envahis et mélangé aux soldats les populations civiles de l'exode, ainsi qu'aux bombardements massifs des villes.

Mais elle est surtout due aux crimes de guerre et aux crimes contre l'humanité perpétrés par les nazis : exécutions d'otages, massacres de villages entiers, exécutions de prisonniers de guerre, déportations massives de populations civiles et extermination organisée et planifiée de plus de 6 millions de Juifs et de Tziganes.

Lors de l’occupation, certains Français ont continué de se battre dans les rangs de la France libre (Forces françaises libres, 2ème division blindée, 1ère armée française) ou dans les rangs des formations armées de la Résistance intérieure unifiée en 1944 au sein des Forces françaises de l'intérieur (FFI).

Une grande partie de la population civile a été confrontée de 1940 à 1944 successivement à l'invasion, aux mitraillages des routes de l'exode, à l'occupation allemande, à la répression, aux représailles et massacres d'otages, puis aux bombardements alliés à partir de 1943, enfin aux combats de la libération.

L’occupation allemande a pris fin le 6 juin 1944, au moment du débarquement allié sur les côtes normandes. La Normandie est l'une des régions les plus touchées matériellement et humainement par ce conflit.

Au lendemain de la guerre, la France pleure 600 000 des siens. Les pertes matérielles sont également considérables : 80% des installations portuaires françaises ont disparu et le réseau ferroviaire a subi de très importants dommages.

La ville d’Evreux en sait quelque chose pour avoir subi les bombardements. Souvenez-vous de ce mois de juin 1940 : au début de l'après-midi du 9 juin, « une pluie de fer et de feu s'abat brutalement sur Évreux. La ville dépourvue du moindre objectif militaire est sauvagement bombardée. En quatre raids successifs, se prolongeant jusqu'à la nuit, le centre est rasé, onze hectares d'habitations sont détruits ou endommagés gravement, la cathédrale est quasiment anéantie, seule subsiste la tour de l'Horloge. La gare et la Chambre de commerce ne sont plus que ruines fumantes. 560 morts, plus de 300 blessés ! Alors que les Ebroïciens abasourdis font leur triste bilan, deux jours plus tard, dévalant par la côte Saint-Michel, les panzers se fraient un passage dans les décombres qui brûlent encore. Pour Évreux, l'occupation commence, les épreuves continuent ».

Beaucoup d’Ebroïciens perdirent la vie et beaucoup furent blessés tandis que la majeure partie du centre ville fut détruite. Evreux fut libérée le 23 août 1944.

Juin 1940

Tout à coup sur EVREUX où régnait le silence,

Les accents de Bellone, animent les échos :

Des Germains en avions de distance en distance

Viennent de nos foyers faire autant de tombeaux.

Notre souffle amoindri se fait entendre à peine

En cette heure où la « mort » plane sur la cité :

Ce « mot » qui finit tout et dont notre âme est pleine

Nous montre dans le ciel s’ouvrir l’Éternité.

Ces oiseaux dans l’azur, qui vomissent des bombes

Sur notre Cathédrale aux huit siècles de Foi,

Ne font de son clocher qu’un amas de décombres

Dont l’aspect nous impose et le rêve et l’émoi.

Les cloches du Saint Lieu qui, d’une voix si pure,

Accompagnaient l’hymen, extasiaient nos cœurs,

Ont cessé pour jamais leur éloquent murmure

Qui, dans les jours de deuil se mêlait à nos pleurs.

Puis l’énorme « bourdon » à son tour tombe à terre,

Emplit alors les airs de sa sublime voix :

Ce géant de la tour termine sa carrière

En clamant sa douleur aux échos d’autrefois.

Il prolonge au loin sa plainte solitaire

Qui s’adresse aux humains en montant jusqu’à Dieu.

Et, cet accent divin parti du Sanctuaire :

Du bronze qui sanglote…est le dernier Adieu.

Henri CUMONT de la Société des Poètes Français

1864-1955

1945 se présente comme une rupture fondamentale dans l'Histoire du XXème siècle et constitue le départ d'une ère nouvelle. C’est l’heure des bilans, des règlements de comptes. La carte de l’Europe est profondément modifiée.

Toutes les familles des victimes sont sous le choc de cette guerre très meurtrière… Les personnes qui ont survécu aux camps de concentration ont énormément de difficultés à vivre "comme avant". Les souvenirs qui les hantent jours et nuits sont traumatisants. Enfin, l'arme atomique, qui a montré ses capacités destructrices à Hiroshima et à Nagasaki, les 6 et 9 aôut 1945, a marqué les esprits du monde entier, par le nouveau type de conflit qu'elle symbolise. Ainsi pour eux, comme le dira l'écrivain Albert Camus, « le seul combat qu'il vaille encore la peine de mener, c'est la paix ».

Ce traumatisme moral conduit les Alliés à ériger pour la première fois, un tribunal qui prétend juger au nom de la conscience humaine universelle et qui définit une nouvelle notion de droit international, celle de "crime contre l'humanité". Au procès de Nuremberg, du 20 novembre 1945 au 30 septembre 1946, 21 accusés, les criminels nazis, les principaux chefs du Reich sont jugés. 12 d'entre eux sont condamnés à mort.

Ce gigantesque procès eut le mérite de faire le bilan des atrocités commises.

Nous connaissons aujourd’hui, en Europe (de l’Ouest), l’ère de paix la plus longue de notre histoire. Il ne faut cependant pas que la mémoire s’efface. C’est la connaissance lucide du passé et des mémoires, la reconnaissance de nos erreurs, qui conduisent à la tolérance, à la construction de l’espace démocratique et aux valeurs universelles.

C’est la xénophobie et l’antisémitisme qui soutenaient l’idéologie nationaliste d’Hitler et qui ont conduit à ce terrible conflit mondial. Ne l’oublions pas et luttons contre toutes les formes de racisme pour ne plus jamais vivre une telle ignominie !

Aujourd’hui, de nombreux pays sur notre Terre connaissent encore la guerre. Soyons vigilants. Ne commettons pas les mêmes erreurs.

N’oublions pas le martyr des victimes de la déportation.

Souvenons-nous de l’action héroïque de la Résistance, de ceux qui à l’image de [nom d’un ou plusieurs héros locaux] nous ont permis d’être ici présents en donnant leur vie ou en la risquant.

Cette journée de recueillement est l’occasion pour chacun d’entre nous, réunis autour des Anciens Combattants et des victimes de Guerres, de rappeler notre attachement à la liberté et aux droits de l’homme, ainsi que notre reconnaissance à tout ceux qui ont combattu pour cette cause.

Par notre présence aujourd’hui, nous voulons également réaffirmer notre attachement aux valeurs de la République qui se résument dans sa devise : liberté, égalité, fraternité.

Puissent les générations futures se souvenir à jamais…

Vive la France ! Vive la République ! Vive la Paix